Le Requiem de Duruflé, version pour orgue, chœurs et mezzo-soprano soliste aux Réformés

La passion au diapason

Le Requiem de Duruflé, version pour orgue, chœurs et mezzo-soprano soliste aux Réformés - Zibeline

Le Requiem de Duruflé, version pour orgue, chœurs et mezzo-soprano soliste, était l’œuvre centrale d’un concert construit autour du rapport entre voix et orgue, et durant lequel on a aussi entendu des pages puissantes de Bach, Milhaud, Dupré, Alain. Chantal de Zeeuw à l’orgue, console de cinq claviers, reliée aux trois orgues en tribunes, est impressionnante d’engagement, de musicalité ! Grâce à Marseille-Concerts, en collaboration avec l’Ordre National du Mérite, la musique a croisé le texte de Michel-Marie Zanotti-Zorkine, prêtre des Réformés : La Passion de l’Amour.  Un Chemin de Croix poignant, de la condamnation à mort de Jésus, puis  de la crucifixion à la sépulture, dit par Marie-Christine Barrault. Depuis la chaire la comédienne, à la diction parfaite et à l’expression subtile, se fait l’écho de cette musique d’une beauté inouïe. Le Requiem est pénétré des thèmes grégoriens, fixés par les moines bénédictins de l’Abbaye de Solesmes, Duruflé y mêlant son art de l’harmonie, si français, hérité de Dukas. Le chœur Ad Fontes, dirigé par Jan Heiting, derrière l’autel, trop en retrait, se sort pourtant à merveille de ces lignes médiévales, fauréennes, impressionnistes parfois, délicates et puissantes. Valérie Dellong apporte son beau phrasé de mezzo au Pie Jesu, moment de grâce. Barrault semble transfigurée par le texte qu’elle porte et ces sonorités qui l’enveloppent. Stabat mater dolorosa, poignante ! Qu’on peut largement goûter sans âme catholique, malgré le contexte dominical de l’église : c’est là seulement que sont les orgues, et il faut en pousser les portes pour entendre une musique qui est la culture de tous.

YVES BERGÉ

Ce concert a eu lieu le 24 mars à l’Eglise des Réformés