Vu par Zibeline

Diabolicus in Feydeau, parti pris iconoclaste de Didier Bezace

La part du diable

Diabolicus in Feydeau, parti pris iconoclaste de Didier Bezace - Zibeline

On n’associe pas directement Feydeau à Lucifer, surtout si l’on évoque des courtes pièces en un acte, Léonie est en avance, Feu la mère de madame et On purge Bébé… On y voit plutôt des micro-comédies assez vieillies qui moquent les petitesses des uns et des autres au sein de la maisonnée, inévitable relation chaotique avec la belle-mère, épouses focalisées sur leur rejeton, maris dépassés et souvent cocus… par le biais d’une grossesse nerveuse, de la fausse annonce de la mort de la mère de « madame » et du refus entêté d’un enfant de prendre sa purge. La revue de famille serait lourde et insipide sans la verve langagière des personnages qui conduit à tous les dérapages, dans un enchaînement  parfaitement huilé qui rend les situations les plus simples en évènements délirants, où tout échappe aux personnages, prisonniers de l’escalade impitoyable des mots. La banalité renferme quelque chose de diabolique et Didier Bezace en fait le thème conducteur de son spectacle : le diable se glisse au milieu des personnages et prend l’apparence d’une sage-femme, d’un croque-mort, et d’un enfant exaspérant. Joué pour la première fois au château de Grignan, le spectacle abandonne le cadre traditionnel du théâtre de boulevard et renoue avec les tréteaux de Molière. Le cadre s’épure, plus de meubles pour encombrer l’espace, on fait confiance au spectateur, et l’on glisse vers une autre lecture. Mensonge, lâcheté, mauvaise foi… armes du diable s’il en est ! Le personnage cornu passe de scène en scène, jouant des effets de brume… fumée infernale oblige ! L’ensemble est un peu longuet, on se passerait aisément de la deuxième pièce, Feu la mère de madame, pour garder les deux vaudevilles plus vifs que sont Léonie est en avance et On purge Bébé. Les acteurs (Clotilde Mollet, Ged Marlon, Luc Tremblais) portent avec brio la vivacité des dialogues dans cette œuvre qui tient autant de la farce que de la dénonciation caustique.

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2016

4 au 8 octobre
Théâtre du Jeu de Paume, Aix-en-Provence

Photographie  Feydeau Bezace © Nathalie Hervieux


Théâtre du jeu de Paume
17, 21 rue de l’Opéra
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/