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Les trimardeurs de Yolande Liviani, une intelligente réédition par La courte échelle/éditions transit

La parole des « déclassés »

Les trimardeurs de Yolande Liviani, une intelligente réédition par La courte échelle/éditions transit - Zibeline

« Trimardeur » : « vagabond, en particulier ouvrier allant de ville en ville pour chercher du travail ». Le dictionnaire précise « familier et vieilli » et situe le terme en regard du verbe « trimarder » et du nom commun « trimard », chemin, route.

L’ouvrage de Yolande Liviani, (présenté par la fille de l’auteure), Les trimardeurs, ne renvoie pas à l’époque d’un Villon, mais bien à l’histoire contemporaine, par le biais d’un récit témoignage, d’une bouleversante acuité. Le texte, paru en 1980 et judicieusement réédité en 2016 par La courte échelle/éditions transit, raconte la banlieue grenobloise de 1970, le foyer-relais Ozanam, « plutôt une fourrière familiale à caractère dictatorial », non loin de celui de la SONACOTRA, les luttes face à l’humiliation, à ceux qui se substituent, pensent à la place d’un lumpen méprisé… L’écriture même de ce livre est une matérialisation de cette conquête. Yolande Liviani, narre, explique, apporte son regard lucide, empli d’humour, d’ironie, de tendresse, porte une parole confisquée par les instances autorisées, médicales, sociales, politiques, économiques, qui raisonnent à coup de « vous n’aviez qu’à »… évoque le détournement du « doux (…) verbe » accueillir… « Un immigré sera-t-il jamais accueilli ? / Où est la terre d’accueil du prolétaire ? ». Les trajets de vie se croisent, la narratrice, « brebis galeuse », mène le combat pour apporter une respiration à ce « foyer » qui interdit, détient, monopolise, contrôle les visites, signe les recommandés à la place des locataires… Humble épopée, avec ses batailles, ses doutes, ses découragements, ses ambitions, sa ténacité, son courage… Les protagonistes y gagnent une épaisseur, une dignité qui touche. Le parfum de la Commune de Paris, les mots de Brecht, participent à la reconstruction de l’estime de soi. L’héroïsme du quotidien nourrit cette fresque humaine qui, quoiqu’évidemment datée, est toujours d’une troublante et douloureuse actualité.

MARYVONNE COLOMBANI
Janvier 2017

Les trimardeurs, Yolande Liviani
La courte échelle/ éditions transit, 10 €