L'exposition "Rêves australs, peintures aborigènes", jusqu’au 25 septembre au Lavandou

Là où tout a commencéVu par Zibeline

• 15 juillet 2021⇒25 septembre 2021 •
L'exposition

La Villa Théo, au Lavandou, met à l’honneur l’art aborigène.

Avec plus de 60 000 ans d’histoire, la culture aborigène est considérée comme la plus ancienne du monde encore vivante. Les artistes aborigènes contemporains sont les détenteurs et les passeurs des traditions, traduisant en peinture leurs visions des paysages ancestraux où ils sont nés, les énergies et les visions qui peuplent ces paysages, « les épisodes du “Dreaming”, ce “Temps du rêve” pendant lequel la Terre et ses habitants ont été créés »1. Qu’ils soient de Balgo Hills en Australie occidentale ou de Papunya (centre de regroupement des Aborigènes au cœur du désert australien), la pratique millénaire est la même, issue de l’application de « pigments naturels sur les parois rocheuses du désert, sur des écorces d’eucalyptus ou sur leur propre corps »2. Aujourd’hui l’acrylique a remplacé les pigments naturels et la toile les parois rocheuses ou la peau, mais l’extrême codification des œuvres est identique dans leurs rapports aux ancêtres, au temps, à la cosmogonie, à la géographie. Là où le regard occidental voit des couleurs et des formes géométriques -de plus en plus abstraites-, l’artiste aborigène perpétue les signes religieux, évoque les traces humaines ou animales, reproduit un motif secret, introduit une pratique sacrée, retranscrit les symboles de sa communauté. Cela n’a pas échappé au jeune professeur de dessin Geoffrey Bardon qui, en 1971, demanda aux anciens de Papunya de transmettre leur savoir aux jeunes générations en les autorisant à peindre sur les murs de son école… Cela n’a pas échappé non plus aux galeries d’art et aux collectionneurs internationaux qui ont conféré à ces pratiques traditionnelles le statut d’œuvre d’art, et ont donc contribué à leur marchandisation.

À la Villa Théo, la collection Monereau prête des pièces réalisées par 14 femmes et 6 hommes de tous âges, artistes « historiques » et artistes « émergents » pour reprendre un vocable occidental. Des œuvres habitées qui ont une âme, « une force archaïque » comme le souligne Raphaël Dupouy, commissaire de l’exposition et directeur de la Villa Théo. Où l’on peut identifier dans chacune les « points de rencontre », ces fameuses formes concentriques colorées symboles des points d’eau vitaux pour les animaux, des lieux de relations sociales pour les hommes et du passage dans l’autre monde à la rencontre des ancêtres. Où l’on constate une vitalité du geste impressionnante chez des artistes qui, comme Minnie Pwerle, se sont mis à peindre à plus de 80 ans, renouvelant la palette chromatique, les tonalités et les formes. Pour ce peuple dépossédé de sa terre, l’art hier comme aujourd’hui est une manière d’affirmer sa présence, de revendiquer son identité et son droit du sol.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Juillet 2021

1 Catalogue de l’exposition Paysages rêvés, artistes aborigènes contemporains de Balgo Hills, Alain Nicolas, MAAOA, Marseille 2004.

2 Livret de l’exposition Rêves australs, peintures aborigènes, Raphaël Dupouy, Villa Théo, Le Lavandou 2021.

Rêves australs, peintures aborigènes
jusqu’au 25 septembre
Villa Théo-Centre d’art de Saint-Clair, Le Lavandou
04 22 18 01 71 villa-theo.fr

Photo : Seven sisters, 2014 © Sylvia Ken