Je suis invisible, par Les monstres de luxe, au Théâtre de Nîmes

La nuit leur appartientVu par Zibeline

Je suis invisible, par Les monstres de luxe, au Théâtre de Nîmes - Zibeline

Dan Jemmett, au fil de ses nombreuses rencontres avec le théâtre de Shakespeare, offre avec sa dernière création un concentré d’intelligence et de délire qui conjugue, de manière exponentielle, les imaginaires à travers les siècles. « Je suis invisible », précise, dans une malicieuse adresse au public, Obéron le roi des elfes. Et on adhère immédiatement à cette convention théâtrale, trop contents de se jeter dans la marmite du Songe d’une nuit d’été, monde magique mitonné par le metteur en scène avec cinq merveilleux comédiens. La ronde des costumes, des personnages, des intrigues amoureuses est truffée d’inventions scéniques, sans cesse rehaussée par le jeu des acteurs, qui endossent les rôles aussi vite qu’ils passent d’un survêtement sans âge à une veste en queue de pie. Que se passe-t-il cette fameuse nuit, dans la forêt d’Ardenne ? Des couples se font et se défont, un mariage prévu donne lieu à la répétition d’une pièce de théâtre, la reine des fées résiste à l’autorité de son mari magicien ; la routine ! Et dès le début de cette course effrénée, le décalage s’installe : le jeune et fringant Lysandre s’avère être incarné par un homme plutôt mûr et bedonnant (Mathieu Delmonté), l’amoureuse éperdue (Camille Figuereo) ressemble à Véra, l’intello de la bande du dessin animé Scooby-Doo, l’éconduit Démétrius (Joan Mompart) est désabusé à souhait, et le couple de magiciens (Valérie Crouzet et Pierre-Yves Le Louarn) émeut avec leurs numéros de pacotille. Puis les personnages se multiplient dans une maitrise absolue, la pièce dans la pièce est tout simplement une synthèse brillantissime du rapport entre public et scène, un van déglingué fait office de frontière temporelle et porte-tambour entre réalité et imaginaire, un mécanicien se réveille avec une tête d’âne. Et la nuit ne fait que commencer.

ANNA ZISMAN
Décembre 2019

Je suis invisible a été joué du 3 au 5 décembre au Théâtre de Nîmes. La Cie Les monstres de luxe y sont artistes associés en production déléguée.

Photo © Sandy Korzekwa

Théâtre Bernadette Lafont
1 Place de la Calade
30000 Nîmes
04 66 36 65 00
theatredenimes.com