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Vu par Zibeline

13 EN COURTS : une soirée généreuse dédiée aux courts métrages de treize Méditerranéennes.

La nuit des treize courts

• 10 octobre 2014 •
13 EN COURTS : une soirée généreuse dédiée aux courts métrages de treize Méditerranéennes. - Zibeline

On le sait, le court-métrage est volontiers considéré comme le laboratoire du long, et le «court» court surtout dans les festivals qui donnent visibilité à ce format si précieux pour de jeunes réalisateurs rêvant longs. Pour autant, c’est un art à part entière. Et un art difficile.

13 EN COURTS, tous les ans, dans le cadre des Rencontres Films Femmes Méditerranée lui réserve une place privilégiée. Sur quatre heures coupées par une (courte) pause médiane, treize «petits» films de réalisatrices méditerranéennes entrent en lice pour le Prix du Jury et le Prix du Public. Le vendredi 10 octobre, on a donc glissé au fil de la soirée, d’un court à l’autre, conduits par des liens ténus, des correspondances. De la marche difficile de la vieille Ninette dans les rues de Paris filmées en noir et blanc ( Rendez-vous avec Ninette de Souad Amidou, France) à la déambulation urbaine d’un homme et d’une femme dans la lumière poudrée de l’automne ( A walk in the grey Sun de Mona Lofty, Maroc). Des jeux d’enfants sur les plages des Landes ( Le maillot de bain de Mathilde Bayle, France) à ceux d’adolescents sur la Corniche Kennedy ( Petite Blonde d’Émilie Aussel, France). Du désarroi d’une fillette sans mère (Aniversari d’Anna Petrus, Espagne) à celui d’une mère sans fille (Leur nuit de Narrimane Yamna Faqir, Maroc). Du corps de Léna ( cousine de la Rosetta des Dardenne) exploité comme celui des sans-papiers de la ferme grecque ( Au seuil d’Anastasia Kratidi ) à celui que vend la prostituée en butte à une concurrence immigrée jugée déloyale ( La Contre allée de Cécile Ducrocq). Des portraits de femmes, d’enfants, de l’intime, du social, et un panel d’écritures cinématographiques. Recherches plastiques dans le  jaillissement au ralenti des jeux d’eaux dans Proavlio de Rinio Dragasaki (Grèce) ou l’enroulement des couleurs dans El Canto d’Ines Sedan, seul film d’animation de la soirée. Parti-pris formel radical dans le plan séquence de 15 m 20, où Denis Lavant convoque un vertige de souvenirs (Je ne sens plus la vitesse de Joane Delachair, France). Le jury professionnel qui réunissait cette année Catherine Poitevin, monteuse, Monique Deregibus, photographe, Bania Medjbar, cinéaste et Syvie Morata, chargée de développement en cinéma, a été conquis par une épure bouleversante, tout en retenue : Dinola de la géorgienne Mariam Khatchvani. Cinéma du réel, tragédie immémoriale des mariages imposés et des enfants séparés de leur mère dans le village  d’Ushguli, isolé du monde par un interminable hiver.

Le public et le jury collégien de Thiers lui ont préféré Peau de Colle de Kaouther Ben Hania un film plus léger où, pour échapper à l’école coranique, la petite Amira (extraordinairement interprétée par Yasmine Ben Amara), se colle une main à l’accoudoir d’un fauteuil, générant des situations burlesques. La soirée s’est achevée par la traditionnelle loterie.Treize créatrices ont offert une de leurs œuvres aux treize marathoniens du court dont le numéro de billet était tiré. Générosité et esprit de partage pour une manifestation «arrachée» à la conjoncture et qu’on espère retrouver l’an prochain.

ÉLISE PADOVANI

Octobre 2014

Prix du jury : Dinola, Mariam Khatchvani

Mention spéciale : Leur nuit, Narrimane Yamna Faqir

Prix du public et des Collégiens de Thiers : Peau de colle, Kaouther Ben Hania

Treize en courts s’est déroulé au cinéma Le Prado

Crédit : 20 Steps Production


Cinéma le Prado
36 Avenue du Prado
13006 Marseille
04 91 37 66 83
http://www.cinema-leprado.fr/