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De nature en sculpture, jusqu'au 1er novembre à la Villa Datris, à L'Isle-sur-la-Sorgue

La nature, un jardin d’Eden ?

• 26 mai 2017⇒1 novembre 2017 •
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De nature en sculpture, jusqu'au 1er novembre à la Villa Datris, à L'Isle-sur-la-Sorgue - Zibeline

La Fondation Villa Datris pour la sculpture contemporaine se met au vert avec De nature en sculpture, proposition trans-générationnelle imaginée par Danièle Kapel-Marcovici, présidente de la fondation, et Laure Dezeuze, scénographe, qui vit là son « baptême du feu ». Consciente des pièges d’une thématique généraliste encline « à tomber dans l’illustratif et dans la question de la matérialité », elle a souhaité traiter de la nature en tant qu’environnement et faire sienne la remise en question de la différence entre artificiel et naturel par les jeunes artistes. « Les œuvres ne sont ni terrifiantes ni cyniques même si le constat écologique et environnemental est glaçant, précise-t-elle. Il y a une nouvelle nature scientifiquement prouvée, à la beauté nouvelle, que les artistes nous aident à voir ». De fait, le commissariat à deux voix s’exprime dans la sélection des pièces -91 dont 5 réalisées in situ-, des artistes -66 de 16 nationalités dont trois actuellement à la Biennale de Venise, et dans le choix de la période, les XX et XXIe siècles. Cohabitent ainsi les figures pionnières du Land Art, l’américain Robert Smithson et le britannique Richard Long, qui ont choisi la nature comme champ d’intégrations nouvelles. Hors des sentiers battus, ces performeurs ont ouvert la voie à des défricheurs tels Giuseppe Penone et Toni Grand, à des éclaireurs branchés sur les recherches mathématiques ou les avancées de la biologie (Miguel Chevalier, Michel Blazy). Et à des visionnaires comme Julian Charrière ou Hicham Berrada qui réagissent à notre ère géologique qualifiée par les scientifiques d’Anthropocène, c’est-à-dire transformée par l’activité humaine, en reconstituant de « nouvelles natures où se mêlent chimie et poésie ».

Au-delà des deux axes fondateurs du parcours, l’un historique, l’autre thématique, qui permettent de penser les œuvres comme représentatives de communautés d’artistes, l’exposition ouvre un large spectre de questions. Comment les artistes dépassent la dichotomie entre nature et paysage ? Quelles réflexions plastiques, esthétiques, philosophiques développent-ils face au désastre écologique et à la mutation du monde ? La résurgence des savoir-faire et des gestes ancestraux est-elle soluble dans l’art à l’heure de la révolution numérique ? Quelles postures adopter quand la nature riposte à l’invasion humaine et suscite parfois l’effroi ? Laurent Pernot, de la famille des cueilleurs-glaneurs, répond par des installations réalisées avec une économie de moyens et à taille humaine ; Nils-Udo se fond dans la nature jusqu’à s’y confondre ; Berdaguer et Péjus travaillent sur l’hybridation de la nature et sa mutation inquiétante. Des salons intimistes au jardin en bord de Sorgue, l’exposition offre un paysage d’exploration tellement vaste que l’on imagine déjà une suite… de sculpture en nature.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Août 2017

De nature en sculpture
jusqu’au 1er novembre
Villa Datris, L’Isle-sur-la-Sorgue
04 90 95 23 70
fondationvilladatris.com

Photo : L’homme de Bessines, Fabrice Hyber, bronze peint en vert édition n°29, 87 x 30 x 30 cm, courtesy de l’artiste et galerie Nathalie Obadia Paris-Bruxelles