Concerts d'ouverture à l'abbaye de Sainte Croix pour le Festival international de Salon

La musique de chambre s’invite à SalonVu par Zibeline

Concerts d'ouverture à l'abbaye de Sainte Croix pour le Festival international de Salon - Zibeline

Des notes tenues de façon impressionnante, de la délicatesse et de la puissance… La 28e édition du Festival de musique de chambre de Salon-de-Provence a commencé en beauté, ce 31 juillet, avec une ouverture signée Emmanuel Pahud à la flûte et Alessio Bax au piano.

Au cœur de l’abbaye de Sainte-Croix, les musiciens ont fait résonner des notes de Camille Saint-Saëns, de César Cui et de Schubert devant un public dense. Les notes longues tenues à la flûte ont eu de quoi impressionner. Sublimées par des accents de piano à la fois délicats et puissants, des sons cristallins ont été soufflés, notamment dans les morceaux de Saint-Saëns.

Schubert a été placé au centre de la programmation de cette ouverture de festival : les musiciens ont en effet d’abord choisi de jouer la Sonate pour arpeggione et piano en la mineur D 821, dans un arrangement pour piano et flûte d’Emmanuel Pahud,  avant de décider quels autres morceaux ajouter. Cela s’est fait ressentir, car telles un hommage à l’Autrichien, Odelette op. 162, Romance op. 37 de Camille Saint-Saëns et 5 petites pièces op. 56 de César Cui ont amené progressivement l’intensité et l’intimité produite par la musique de Schubert, qui « parle à chacun en tant qu’individu », explique Alessio Bax lors d’un court entretien après le concert.

La technicité des artistes leur a permis de pallier le trop peu de répétitions qu’ils ont pu avoir en raison de la crise sanitaire. « Nous avions joué certains morceaux lors d’une tournée aux Etats-Unis il y a un an et demi ou deux ans », explique Alessio Bax. « Pour les autres, nous les avons joués ensemble la semaine dernière en Italie. » La complicité entre les musiciens s’est finalement beaucoup fait sentir. « Quand on joue une musique si intimiste, comme celle de Schubert, il faut vraiment connaître les personnes avec lesquelles on joue, par exemple quand il faut que les instruments tombent en même temps », note Alessio Bax.

Pas de deux pianistique

Feu d’artifice de quinze heures, un programme à quatre mains, balayant les siècles de Mozart à Debussy en passant par Schubert, réunissait Alessio Bax et Lucille Chung. Les deux brillants solistes, mari et femme à la ville, se retrouvaient ici dans le bonheur évident du partage musical. L’élégance du jeu se double alors d’une complicité tendre, les gestes tissent un autre langage et ourlent les phrases d’une délicate complicité. Les bras se croisent, les mains dessinent de nouvelles orbes, les doigts s’entremêlent, fusion. La Sonate en do majeur mozartienne pétille en un dialogue espiègle, s’égare avec délices avant un final emphatique. Avec humour les musiciens ont interverti les places accordées traditionnellement à l’époque du compositeur, où la femme tenait la partie haute et l’homme le support de la basse et poursuivent sur l’Andantino varié en mi mineur de Schubert. Légèreté, enroulements, jeux d’enfants et respiration limpide, contrepoints et élans en épure, tout se conjugue avec une rare finesse expressive. La Petite Suite L65 de 1888 de Debussy livre ses phrases ondoyantes, offre ses tableautins délicieusement esquissés, En bateau, Cortège, Menuet, Ballet… Danse amoureuse qui cultive un art de la joie revivifiant.

MORGANE POULET & MARYVONNE COLOMBANI
Août 2020

Concerts donnés le 31 juillet, abbaye de Sainte Croix, en ouverture du Festival international de musique de chambre de Provence.

Photographie © Emeric Mathiou