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Table ronde sur le cinéma tunisien au festival montpellierain Cinemed

La « Movida » tunisienne

• 26 octobre 2016 •
Table ronde sur le cinéma tunisien au festival montpellierain Cinemed - Zibeline

Le 38e festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier a organisé, le 26 octobre 2016,  une Table Ronde autour du cinéma tunisien  pour mettre en avant son dynamisme et soutenir ces cinéastes de talent  qui ont envie de s’exprimer, a souligné Christophe Leparc, directeur de Cinemed. Une vingtaine de films y étaient programmés, courts et longs métrages, documentaires et fictions.

La Table Ronde, animée par Benoit Califano, a réuni une douzaine d’intervenante-e-s : des cinéastes, Mohamed Ben Attia, dont le long-métrage Hedi a remporté le prix de la meilleure première œuvre à la Berlinale 2016, Raja Amari (Printemps tunisien), Leyla Bouzid ( A peine j’ouvre les yeux), Najib Belkhadi, (Bastardo) Walid Mattar (Baba Noel), Kaouther Ben Hania qui vient d’obtenir le Tanit d’or à Carthage –JCC-  pour Zaineb n’aime pas la neige), Lofti Achour (Demain dès l’aube), Mehdi Barsaoui. Mais aussi des producteurs et productrices, Dora Bouchoucha, Anissa Daoud, Habib Attia et Imed Marzouk.

La Table Ronde avait pour objectifs de faire le point sur le cinéma tunisien d’aujourd’hui, de se demander si, depuis la Révolution, il était en héritage ou en rupture, de préciser sa visibilité en Tunisie et  à l’international,  ainsi que son rapport à la société tunisienne.

Quantitativement, de deux ou trois films annuels, on est passé à une vingtaine, des films très DIVERS aussi bien par les thématiques que par les esthétiques, les productions, les genres et les formats. Des films ancrés dans le sol et les problématiques mondiales. Des films qui connaissent un certain succès aussi bien dans les festivals internationaux, y  remportant des prix, qu’auprès du public tunisien. En effet, on assiste à la réouverture de salles et 2016 a été une belle année de réconciliation du cinéma avec son public. Un public qui a un  désir fort de voir des images du réel : la Révolution a permis aux cinéastes d’aborder frontalement les réalités sociales et l’intimité. « Le cinéma antérieur pouvait être politique mais pas de manière frontale, a  expliqué la productrice Dora Bouchoucha ; il n’y avait pas de documentaire ou alors sur la danse ou le patrimoine… » Ce qu’a confirmé Kaouther Ben Hania pour qui le documentaire est  le «  thermomètre de la démocratie ».  Sous Ben Ali, le réel n’était transmis qu’à travers la propagande du pouvoir. D’où la nécessité d’aborder la situation de manière  plus allégorique, par des parcours intimes, comme Raja Amari dans Les Secrets.

La « movida » s’inscrirait dans la continuité de l’âge d’or du cinéma tunisien, une génération de cinéastes de gauche, souvent formés en France, cassés sous Ben Ali qui a uniformisé  le cinéma : « Si on n’était pas dans la culture d’Etat, on était considéré comme étant contre l’Etat, a précisé Nejib Belkadhi. » Au moment du soulèvement populaire, grâce aux nouveaux supports, des jeunes qui n’avaient pas la parole, ont pris des caméras et sont allés au front, raconte Raja Amari. Et Kaouther Ben Hania  de préciser que si la révolution est en toile de fond des films tunisiens des cinq dernières années, les cinéastes s’intéressent davantage à l’intime et aux thématiques sociales ; « « On a assisté à l’Histoire en mouvement et ce qui s’est passé pendant la révolution mérite réflexion, temps et distance » analyse-t-elle. Certains comme Lotfi Achour tout en se réjouissant que les cinéastes aient pu s’approprier les moyens démocratiques, regrettent le retard de la politique culturelle et de l’état. Dans plusieurs domaines.

Malgré le nombre important de participants qui aurait pu être un handicap, la table ronde a pu donner un panorama intéressant de cette « movida » et a permis de montrer le soutien de CINEMED  aux cinéastes venus de l’autre rive de la Méditerranée.

ANNIE GAVA
Novembre 2016

Photo © A.G.


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