Succès public et spectacles de grande qualité lors du festival Jours et Nuits de Cirque, au CIAM à Aix-en-Provence

La Molière et le cirque

• 23 septembre 2015⇒27 septembre 2015 •
Succès public et spectacles de grande qualité lors du festival Jours et Nuits de Cirque, au CIAM à Aix-en-Provence - Zibeline

« Un jour, des élèves d’une école de cirque sont venus nous demander : « c’est vrai que vous faites trois colonnes à cinq dans votre spectacle ? » Nous leur avons répondu que nous faisons quelque chose de bien plus difficile : nous nous mettons d’accord. »

Ces mots concluent Il n’est pas encore minuit, spectacle exceptionnel de la Compagnie XY. Une vingtaine d’hommes et de femmes s’accordent, en effet, pour former des pyramides, des colonnes, des chorégraphies d’acrobaties et de voltiges prodigieuses. Esprit de corps, cohésion, entente, confiance, équilibre, harmonie, prise de risque totale pour les uns pendant que les autres assurent la parade, voici tout ce que montrent les artistes d’XY.

Les accessoires sont réduits au minimum. Une planche en guise de bascule, ou quelques plaques de bois fin et robuste, portées à bout de bras, qui servent à atterrir ou à se propulser. Tout le reste se fait en corps à corps. Mains, jambes, pieds, épaules, têtes, et les artistes deviennent tour à tour trampolines humains ou véritables projectiles, solides porteurs ou fluides équilibristes.

Ce spectacle, d’une rare intensité, diffuse un propos bien au-delà de la performance technique et esthétique, érigeant la solidarité en valeur absolue. Il était présenté lors du festival Jours et Nuis de Cirque, organisé du 23 au 27 septembre par le Centre International des Arts en Mouvement (CIAM).

Un jeune festival

Situé à La Molière, petite localité toute proche d’Aix-en-Provence, le CIAM est habituellement un lieu de travail et de résidence pour les compagnies de cirque. Des cours et ateliers s’y tiennent également, ce n’est que lors du festival que des spectacles y sont accueillis.

La manifestation est née avec le CIAM, en 2013. La programmation cette année était de grande qualité. Et le public était au rendez-vous. Peut-être simplement le festival est-il encore un peu jeune. Sur le grand site de La Molière, il manque un peu de chaleur, d’animations, de fantaisie. L’esprit « cirque », très valorisé dans le choix des spectacles proposés, reste plutôt absent hors des chapiteaux.

L’espace extérieur mériterait d’être plus utilisé tout au long du festival, pendant les temps d’attente, parfois longs, d’un spectacle à l’autre. Seuls La Nuit du Cirque, le samedi soir – une balade contée au clair de lune avec des circassiens – et les ateliers du dimanche matin (fil, trapèze volant et jonglage) mettaient en avant le potentiel de ce lieu, qui en a pourtant beaucoup.

Le son et le feu

Pour ouvrir La Nuit du Cirque, Jörg Müller présentait Mobile, étonnant numéro de jonglage avec cinq tubes métalliques suspendus. En préambule au festival, le jongleur allemand s’était également produit le 20 septembre à l’Abbaye de Silvacane. Un même spectacle mais deux versions totalement distinctes.

A Silvacane, la dimension sonore était très présente. Les tubes, manipulées à grande vitesse, virevoltent au-dessus des spectateurs et l’artiste joue de leur musicalité, les faisant tinter ou résonner, créant ainsi un véritable jonglage musical. Dans la nuit aixoise, les tubes étaient remplacées par des torches enflammées. La sensation sonore est celle des flammes tournoyantes, amplifiée par l’effet hypnotique de ces traces de feu flottant dans l’air.

Le silence et le rire

Dans un tout autre registre, Léandre, clown catalan déroutant, était l’une des perles de la programmation. Artiste de rue accompli, il présentait Rien à dire, une forme adaptée à la scène où il reproduit tous les codes de la rue, avec une omniprésence du rapport au public, partie intégrante du spectacle. Sans un mot, dans un décor de maison bancale, au sol couvert de chaussettes jaunes, l’artiste enchaîne les trouvailles aussi simples qu’efficaces.

Il tourne un robinet sur son front pour faire jaillir de l’eau de sa bouche, improvise une partie de golf avec un jeune garçon puis l’emmène sur scène et le transforme en marionnette. Il se lance dans un jeu de miroir avec un spectateur ou s’éprend d’une spectatrice et lui met amoureusement des chaussettes roses… Toujours en silence, Léandre déclenche les rires en cascade. Et emporte le public dans toute la poésie du cirque.

JAN-CYRIL SALEMI
Octobre 2015

Le festival Jours et Nuits de Cirque s’est déroulé du 23 au 27 septembre au Centre International des Arts en Mouvement à Aix-en-Provence

Photo : Il n’est pas encore minuit – Compagnie XY © Christophe Raynaud de Lage