Origine de la peinture sur Rembrandt, Cézanne et l'immémorial de Michel Guérin paru chez Encre Marine

La mnésie de la peintureLu par Zibeline

Origine de la peinture sur Rembrandt, Cézanne et l'immémorial de Michel Guérin paru chez Encre Marine  - Zibeline

À travers la reprise de textes édités précédemment, certains en partie remaniés, et grâce à des inédits pour la présente édition dont un édifiant avant-propos, Michel Guérin part en quête de la nature profonde de la peinture, par là où on ne sait plus justement se souvenir : ce qu’il désigne par l’immémorial. «Qu’appelons-nous immémorial ? N’est-ce pas cela, objet paradoxal reconnu et sans identité, dont la mémoire, justement, s’est perdue ?» Ne nous méprenons pas sur la signification première du titre. Ceci n’est une énième histoire de la peinture. Les cent quarante pages, y compris le petit cahier iconographique central, n’y suffiraient pas. En examinant les autoportraits de Rembrandt, le Cézanne du paysage, un peintre d’aujourd’hui, Patrick Moquet, et quelques autres, le philosophe s’interroge sur la nature, l’essence de la peinture. Il nous suggère  que, quelle que soit l’époque, les formes que puisse prendre l’œuvre, toute peinture se retrouve dans le geste originel, un acte premier, archaïque, mais toujours présent, anhistorique. «Le geste de peindre d’abord est parfaitement accompli au moment où les Paléolithiques le pratiquent.» Et nous serions tentés de le penser pour tout acte artistique. Dans son élan, Michel Guérin se donne l’occasion de requalifier quelques principes fondamentaux de la peinture : représentation/figuration/mimèsis, d’en appeler à Alberti, Diderot, Malraux ou Walter Benjamin entre autres. La méthode Guérin s’il devait en avoir une, se refusant à une visée totalisante, relèverait plutôt du principe du Petit Poucet : semer des questionnements, jouer de revirements, travailler le paradoxe, retourner les problématiques, appeler des figures emblématiques éclairantes. Reconnaîtra-t-on aussi la complexité de l’ensemble du propos malgré ce fil conducteur de l’immémorial. Cependant, au lieu de tirer de ce dernier un enseignement définitif, ou pis encore, dogmatique, l’auteur nous mène dans un double mouvement de maïeutique, le sien, auquel on assiste et participe au fil de sa pensée, et le nôtre, qui s’élabore en propre, dans le même temps.

CLAUDE LORIN

Décembre 2013

Origine de la peinture
sur Rembrandt, Cézanne et l’immémorial
Michel Guérin
Encre Marine, 23 €