Retour sur l'édition 2017 du Printemps de l’art contemporain

La magie du PAC

Retour sur l'édition 2017 du Printemps de l’art contemporain - Zibeline

40 structures publiques et privées, 45 expositions , 220 artistes, 5 jours de lancement suivis de 3 semaines de temps forts et quelque 25 000 visiteurs, le Printemps de l’art contemporain met en ébullition Marseille, Aix-en-Provence, Istres et Châteauneuf-le-Rouge.

À l’aune de MP18 et sa cohorte de résidences d’artistes, et de Manifesta en 2020 au rayonnement international incontesté, le PAC s’inscrit dans l’agenda des événements prescripteurs comme Art-O-Rama et Paréidolie. La manifestation portée par le réseau Marseille Expos irrigue le territoire autour d’un seul objectif : montrer au plus grand nombre la vivacité de la création dans le champ des arts visuels. D’autant que tous les partenaires offrent la gratuité durant son lancement ! Quartier par quartier, munis d’un plan détaillé, les publics explorent des terrains souvent méconnus le temps d’une exposition, d’une conférence ou d’une rencontre avec les artistes et les professionnels. Découvertes et échanges garantis.

Quartier Canebière-National-Belle de Mai

Victime de son succès, La Friche la Belle de mai s’est vue obligée de limiter sporadiquement l’accès à la Tour Panorama qui propose trois immersions dans trois univers radicaux : celui de la vidéo danse tridimensionnelle de Charles Atlas (Tesseract, Triangle France) ; celui de Laurent Faulon, Delphine Reist, Jean-Baptiste Sauvage et Thomas Teurlai développé à l’identique sur deux plateaux, forcément troublant (Viandes foraines, Sextant et plus / Group) et celui de Marc Augé et Marc Lathuillière au dialogue éclairant (L’anthropologue et le photographe, Les Ateliers de l’image). La galerie Château de Servières ne s’imposant aucune limite lorsqu’il s’agit de produire une exposition, la carte blanche à Gilles Desplanques est un nouveau défi. Non seulement l’éclatement des cimaises, ses ouvertures déplacées, ses perspectives tronquées bousculent l’espace mais l’artiste remet en question notre appréhension de l’architecture domestique – la réplique déstructurée de la chambre de son fils, matrice autour de laquelle gravitent ses projections mentales – comme notre réflexion sur notre animalité – vidéos de l’artiste masqué, confronté à des zones inhospitalières. Trouble, mystère, folie… à l’heure où s’ouvre la Biennale d’architecture de Lyon1 baptisée également Hétérotopia, nul doute que la pensée de Michel Foucault plane sur cette chambre éclatée comme « lieu de projection des fantasmes par excellence ». Fidèle à Porte-Avion, l’écrivain et performeur Anne-James Chaton s’immerge dans la peinture et le dessin des grands maîtres, lui qui n’a jamais dessiné ou peint, par le truchement poétique du collage. Lecteur du Larousse illustré de 1957, il en prélève toutes les images, reconstitue un alphabet visuel et recompose une collection. L’écriture d’origine est en filigrane, en deçà, au-dessus, presque invisible, constituant avec les vignettes un nouveau monde issu de l’ancien.

Les mystères de la production

Les lieux de production gardent portes closes, sauf pendant le PAC. À l’Atelier Ni, l’Atelier Tchikébé et au CIRVA, l’expérience est riche d’enseignements sur le processus de fabrication des œuvres. Ainsi les pièces en volume d’Aurélie Pétrel qui a bénéficié de l’accompagnement technique de l’Atelier Ni pour aboutir son projet, depuis l’idée jusqu’au plan et sa réalisation in situ. Ainsi les tirages réalisés pour les lauréats de l’appel à projets de l’Atelier Tchikébé dont la démarche commerciale d’imprimeur et celle, collaborative, d’éditeur lui assurent la reconnaissance des artistes comme des professionnels de la sérigraphie d’art sur papier et sur bois. Au CIRVA, les maitres verriers déploient leur savoir-faire au service des artistes et autorisent la déambulation entre les pièces en cours, les tessons, les pigments et les nuanciers. Une curiosité titillée que seule l’exposition Une maison de verre au musée Cantini pourra contenter pleinement.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Juin 2017

1 jusqu’au 9 juillet

Le Printemps de l’Art Contemporain s’est déroulé à Marseille, Aix-en-Provence, Istres et Châteauneuf-le-Rouge du 25 mai au 11 juin

Photo : Les terres rouges, 2017, vidéo, 10′ © Gilles Desplanques