Les graines que l'on sème de Nathan Nicholovitch, en salle le 23 février

La lutte, c’est la vieVu par Zibeline

Les graines que l'on sème de Nathan Nicholovitch, en salle le 23 février - Zibeline

Primé au FIDMarseille 2020, Les graines que l’on sème de Nathan Nicholovitch sort en salle le 23 février.

En décembre 2018, suite à la plainte déposée par leur proviseure, des mineurs sont mis en garde à vue pendant 36 heures, accusés d’avoir écrit sur les murs du lycée Romain-Rolland, à Ivry-sur-Seine, des slogans anti-gouvernementaux. À cette affaire réelle dite du tag « Macron démission », Nathan Nicholovitch a imaginé une issue tragique : la mort de la jeune Chiara pendant son interpellation au commissariat. Tragique mais plausible comme le révèle trop souvent l’actualité. Tourné dans le prolongement d’un atelier cinéma mené par le réalisateur dans une classe de Première, Les graines que l’on sème est une fiction qui se confronte non seulement à la réalité des violences policières mais aussi à la criminalisation de l’engagement, particulièrement évidentes sous la présidence d’Emmanuel Macron.

On ne connaît de Chiara que le regard qu’elle porte sur le monde, évoqué par ses camarades endeuillés. « Invisible », elle n’en est pas moins le personnage central du récit, érigée en symbole par le cinéaste. Au cours d’un entretien avec une psychologue, un lycéen dit sa crainte de voir reculer les droits à la contestation et à l’expression citoyenne de désaccords avec les politiques menées. Aux obsèques de la victime, à l’église, la grand-mère lance un vibrant réquisitoire contre la violence institutionnelle qui brise tout élan de révolte et d’espoir jusqu’à ôter la vie à la jeunesse. « Chiara est morte parce que l’État français a peur de sa jeunesse et n’a pas peur de la gâcher. » La scène suivante au cimetière est tout aussi puissante : des lycéens émus aux larmes s’adressent à Chiara, prêtant, chacun à leur manière, le serment de poursuivre ses combats. Quand une professeure de français, prend la parole à son tour devant les élèves dans l’établissement, elle fait référence à La Fontaine, Hugo, Char, Kant, des auteurs qui n’ont pas hésité à fustiger les régimes de leurs temps.

Au-delà de sa force de dénonciation, Les graines que l’on sème célèbre l’insoumission de la jeunesse. Concluant sur la nécessité de faire prévaloir le message de L’Internationale sur celui de La Marseillaise, il livre un plaidoyer implacable pour la transmission de l’esprit révolutionnaire.
LUDOVIC TOMAS
Juillet 2020
Photo © D’un film l’autre
Les graines que l’on sème, de Nathan Nicholovitch, France 2020, D’un film l’autre, 77 mn.

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