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Davy Chou invité pour une carte blanche par le festival Image de ville

La lumière des rêves

• 18 novembre 2016 •
Davy Chou invité pour une carte blanche par le festival Image de ville - Zibeline

Invité par Image de Ville pour une carte blanche, le réalisateur français d’origine cambodgienne Davy Chou a présenté le 18 novembre au cinéma Les Variétés deux films sur le thème choisi cette année par le Festival : jeunesse dans la ville et jeunesse des villes.

Des films jumeaux qui se déroulent tous deux à Phnom Penh, capitale d’un pays cherchant à rattraper frénétiquement le retard généré par la dictature des khmers rouges, et proposant aux nouvelles générations une idée mondialisée de la réussite et du bonheur.

Projeté en première nationale, Dream Land de Steve Chen, coproduit par Davy Chou, met en scène des trentenaires. La belle Lida est agent immobilier. Elle vend à des paysans enrichis, à des bourgeois, à des étrangers, les appartements et les maisons de «rêve» qui se construisent partout. Elle fourgue des «programmes» de vie et de ville sensés assurer le futur radieux qui s’affiche sur les écrans publicitaires géants. Son compagnon, Sokun, photographe de mode, numérise en quelques clics la beauté de mannequins. Leur couple se délite. Et la réalité fuit comme l’ «amour-toujours-jamais» des rengaines populaires reprises en karaoké par les protagonistes. «Tu photographies les gens beaux dans de beaux lieux, et je ne vois rien» lui dit-elle. La ville elle-même semble filtrée. Elle apparaît en second plan, à travers des vitres, blanchie par des voilages, derrière de grandes baies, du haut des balcons ou en maquette derrière un plexi. Perte des repères, le passé s’insinue dans le présent. Une échappée vers Kep, une escale dans une villa du roi Sihanouk en ruines. Un peu de mémoire délabrée, de rythme bohème, de ressac marin et de lumière possible, peut-être.

Diamond Island réalisé par Davy Chou, prix SACD 2016 et Grand prix du Festival de Cabourg, suit le destin de Cambodgiens encore plus jeunes. Des ados venus de leurs villages reculés aux chemins de terre rouge, pour couler le béton des immeubles de luxe qui s’érigent dans l’ île «diamant»reliée à Phnom Penh par un pont. Logés dans des bidonvilles, mal payés, ils participent au rêve de modernité de la nation, émerveillés par tout ce qui brille, néons de la fête foraine, frisbees phosphorescents, écrans des i phones, neige de lucioles blanches et or des appartements au mauvais goût exubérant. Ils semblent ne rien savoir de l’Egypte où les Dieux ont des têtes de chien et d’oiseau, ni de la richesse culturelle de leur propre pays. Ils travaillent, échafaudent des plans pour aller ailleurs, gagner plus, connaissent des émois amoureux, fêtent la Saint Valentin, flirtent comme des gosses, se querellent. Les filles portent des shorts très courts et des hauts moulants. Les garçons de la ville sillonnent l’île en moto comme le mystérieux Solei, le frère perdu de Bora, un des héros de ce film. Le réalisateur capte à merveille la grâce naturelle des acteurs, tous amateurs. La légèreté d’une balançoire partagée à deux et de jolis pieds féminins nus qui épousent à chaque balancé les tongs fleuris posés au sol ne suffisent pas à rester dans l’insouciance. Malgré ses extérieurs jours, le film est un nocturne bleu, un clair-obscur au néon. Le temps passe et les rêves sont revus à la baisse. Ni Bora, ni son frère n’iront en Amérique. Mais il y a tant à faire sur place, conclut Solei.

ELISE PADOVANI
Décembre 2016

Photo : Diamond Island / (c) Les films du Losange


Cinéma Les Variétés
37 rue Vincent Scotto
13001 Marseille
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