Vu par Zibeline

L’écrivain et la conscience d’après Stig Dagerman et le collectif Manifeste rien

La littérature n’est pas un jeu de société

L’écrivain et la conscience d’après Stig Dagerman et le collectif Manifeste rien - Zibeline

A quoi sert la littérature ? Quel est le rôle de l’écrivain, et plus largement de l’artiste dans la société ? Comment concilier conscience sociale et conscience artistique ? Telles sont quelques unes des questions qui taraudaient l’écrivain suédois Stig Dagerman, et que le dernier Emporte-pièce du collectif Manifeste Rien met sur le plateau. Le principe des Emporte-pièces, qui a largement fait ses preuves depuis La domination masculine et autres, est toujours le même : une première partie théâtrale suivie d’un débat. L’originalité du propos tient dans le choix des auteurs et des textes. Il s’agit en effet pour Jeremy Beschon de faire découvrir, par le biais d’un spectacle de théâtre court et percutant, des œuvres touchant à tous les domaines des sciences humaines. C’est donc au Stig Dagerman journaliste et chroniqueur, et non à l’auteur du célèbre Notre besoin de consolation est impossible à rassasier qu’il a surtout emprunté les extraits réunis et mis en scène sous le titre L’écrivain et la conscience (à noter que ces textes peuvent être lus dans leur intégralité dans La dictature du chagrin et autres écrits amers, édité chez Agone). Cela donne un spectacle dynamique, une série de séquences courtes, où les textes de Dagerman alternent avec des improvisations, variations actualisées sur le thème. Comme d’habitude, Virginie Aimone brûle les planches. Seule en scène, toute de noir vêtue, avec pour unique partenaire une chaise rouge, elle joue tous les rôles, prend le public à témoin, avec un vrai sens du comique et une grande sincérité. Elle va, elle vient, elle habite l’espace de son incroyable présence, et fait sonner les mots de Dagerman. Lorsqu’au final, elle entonne son chant de lutte en martelant le sol de ses pieds, le public, conquis, lui fait une ovation largement méritée. La soirée s’est poursuivie en compagnie de Charles Jacquier, fin connaisseur de l’écrivain suédois et spécialiste de la question de la « culture prolétarienne ». Il a rappelé l’engagement constant de Stig Dagerman auprès de l’organisation centrale des travailleurs suédois, et l’importance en France des Bourses du Travail (et de la figure de Fernand Pelloutier), véritables foyers culturels. Tous avaient en commun l’idée que c’est par l’art et la culture que la société pourra vraiment changer. Une conviction que le collectif Manifeste Rien partage visiblement… et nous avec !
FRED ROBERT
Janvier 2014
L’écrivain et la conscience, d’après Stig Dagerman, mise en scène Jeremy Beschon, a été représenté au théâtre de Lenche les 22 et 23 janvier.
Le collectif Manifeste Rien présentera dès le 14 février son nouveau spectacle La marseillaise et caetera à Marseille et ailleurs. Plus de détails sur http://manifesterien.over-blog.com

 


Théâtre de Lenche
4 Place de Lenche
13002 Marseille
04 91 91 52 22
http://www.theatredelenche.info/