Vu par Zibeline

La liberté guide nos pas

 - Zibeline

Très attendue, la dernière conférence du cycle Échange et diffusion des savoirs s’est soldée par un exposé fort plat sur la représentation politique. Marcel Gauchet n’aime ni les théories de Jacques Rancière sur la démocratie grecque, ni celles des situationnistes. Sans doute parce que ces derniers ont dénoncé la société du spectacle, le jeu d’estrade des élections, alors que lui-même n’est pas prêt à remettre en question fondamentalement le système de la représentativité en politique. Il évoque plutôt une forme «cognitive» -et nébuleuse ?- de relation entre gouvernants et gouvernés : «Nos sociétés ne peuvent être que représentatives : les représentants ne se substituent pas à nous, mais fournissent aux citoyens les moyens de se représenter au sens cognitif le monde en train de se faire.» Certes, il reconnaît que cela ne fonctionne pas très bien, que le «personnel politique est suspecté, accusé de s’occuper de ses petits pouvoirs et médiocres intérêts au lieu de se saisir des enjeux politiques cruciaux.» Il incrimine la faillite universitaire, la stérilisation de l’invention intellectuelle (lui excepté, apparemment), et dit attendre des idées neuves (avec un clin d’œil appuyé en direction des francs-maçons). Or, chez un historien et philosophe de cette envergure, on aurait aimé trouver l’ombre d’un questionnement sur ce qui fait qu’un citoyen aliène volontairement sa souveraineté politique en la déléguant, ou se met en tête de la reprendre.

Il n’aurait pas été nécessaire de remonter à l’Antiquité, ni à notre Révolution Nationale, même si un petit détour par Benjamin Constant ou Alexis de Tocqueville n’aurait pas été inutile. Marcel Gauchet aurait simplement pu s’appuyer sur ce que nous vivons, à l’heure où un avis de tempête économique n’en finit pas d’être lancé, et où le discrédit de la classe politique est tel que l’on assiste à une montée constante de l’extrême-droite. La quête du sauveur suprême qui promettra aux citoyens l’ordre et la sécurité au prix de leurs libertés est-elle à craindre ? Ne pourrait-on, pour optimisme garder, voir dans ce grand chambardement une possibilité de reprise en main de leur destin politique, comme ont pu le faire les Argentins au pire moment de la crise des années 2000, établissant de manière autonome des relations sociales basées sur la solidarité ? Cela se pratique tous les jours en Islande, ou en Grèce, là où les citoyens face au chaos s’organisent et s’entraident, construisent, se parlent. Loin des spécialistes des retournements d’opinion…

GAËLLE CLOAREC

Mai 2012

 

La Conférence Quelle crise de la représentation ? a eu lieu le 10 mai dans le cadre d’Échange et diffusion des savoirs


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