L'historien Michel Vovelle en conférence au Lycée Saint-Exupéry

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À l’invitation d’Approches, Cultures & Territoires, le Lycée Saint-Exupéry accueillait le 7 février l’historien Michel Vovelle pour une conférence intitulée L’an II des Révolutions : France 1793, Monde arabe 2013. Remonter jusqu’à ce XVIIIe siècle où l’on est passé de la monarchie à la République, et faire entrer en résonance cette période avec les printemps arabes du XXIe siècle, voilà qui promettait d’être passionnant. Cependant d’entrée de jeu, l’orateur a prévenu des «avantages, ruses, et risques» de l’analogie. La Révolution Française est «la 1ère dans le temps d’ambition et de portée universelle, ce qui est positif pour les uns et lui a été reproché par les autres. En tous cas elle proposait un modèle élaboré de rupture, de subversion violente, politique, économique, sociale et culturelle». Depuis, les mouvements populaires de révolte partout dans le monde ont quelque chose à voir avec les droits de l’homme tels qu’ils ont alors été formulés. Que ce soit lors des insurrections arabes, ou lorsque la contestation «fait un retour sur la rive européenne, dans le contexte des crises qui taraudent l’Europe méridionale».

En bon penseur familier de la grille d’interprétation marxiste, Michel Vovelle reproche aux Indignés leur manque de cadre conceptuel, leurs mots d’ordre flous : «Ils veulent juste « changer le monde »». Et revient inlassablement à l’importance des rapports de force en présence, soit dans les pays arabes le poids de l’armée et l’influence des Frères Musulmans. En insistant sur l’imprédictibilité des phénomènes révolutionnaires. Lorsqu’un membre du public lui demande «Qu’est-ce que la Révolution Française en juillet 1791, 25 mois après le début ?», il répond : «Nous sommes alors au cœur de ce que François Furet appelle « l’année heureuse »… Oui, sous réserve d’inventaire ! Car ça bouillonne depuis les provinces, tout le Sud Ouest est en feu, il y a des affrontements ouverts entre les deux confessions, c’est une poudrière. Alors on peut dire qu’en 91 la Révolution est terminée, mais…» Mais le sort des révolutions ne se joue pas en deux ans, et nul ne peut prédire à quoi aboutira l’histoire qui se construit aujourd’hui en Tunisie et en Égypte.

GAËLLE CLOREC

Février 2013