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C'est peut être juste la lumière qui change, exposition jusqu'au 8 mai au Théâtre Liberté de Toulon

La légende des gens

• 20 avril 2016⇒8 mai 2016 •
C'est peut être juste la lumière qui change, exposition jusqu'au 8 mai au Théâtre Liberté de Toulon - Zibeline

Jean Pierre Moulères nous a habitués à ses projets inhabituels. Au J1 pendant MP2013, ses Chercheurs de midi avaient impliqué les citoyens pour qu’ils plongent dans leur mémoire commune, et fabriquent à partir de leurs photos personnelles le portrait multiple d’un territoire (à lire sur www.journalzibeline.fr/critique/tous-chercheurs). L’an dernier, au Musée Départemental Arles Antique, J’aimerais tant voir Syracuse confrontait encore les « gens » au patrimoine antique, et questionnait « l’espace poétique qu’accorde la ruine » (à lire sur www.journalzibeline.fr/le-temps-argentique). Aujourd’hui c’est à Toulon, dans le cadre du cycle du Théâtre Liberté intitulé Les mots pour le dire, que ce commissaire d’exposition du Nous cherche à brosser un portrait mosaïque, fait de subjectivités et de mots, de cette ville qu’il déclare « ne pas connaître du tout ». Volontairement, pour ne pas orienter les souvenirs surgissants de ceux qu’il interroge !

Car il y a passé du temps, à organiser des ateliers de parole avec une association de femmes, des familles, des collégiens, un comité d’entreprise, les étudiants de l’école d’art… Entretiens collectifs ou individuels, offrant l’occasion de recueillir des souvenirs, des histoires, des avis sur les rues et les paysages toulonnais, du Mont Faron à la mer.

Avec toute sa considération

Dans le hall du théâtre, l’exposition prend la forme d’une carte légendée par de courtes phrases sur des bristols, reliés par des fils rouges qui forment comme un réseau sanguin. « Ma ville ressemble à un cerveau » disent-ils… En face, neuf écrans diffusent les dessins, les phrases, l’abécédaire, les poèmes issus des ateliers, et repris dans un petit livret distribué au public. La production de chacun, traitée avec les mêmes égards qu’une œuvre artistique, littéraire, y sort de la banalité, y prend de la valeur. Le soir du vernissage les « gens » réunis disaient combien cette exposition les considérait.

Comment légendent-ils leur ville, la dessinent-ils, la rêvent-ils ? Si le passé militaire affleure (les rues de Toulon se nomment moins de 10 fois au féminin, plus de 100 fois par des noms militaires…), la parenthèse Front national semble oubliée (refoulée ?). La nostalgie des pompons des marins, la plage, la rade, le mistral, le centre ville désert la nuit, les palmiers « qui donnent un côté bourgeois à cette ville qui ne l’est pas », disent les particularités de cette cité. Mais ce qu’on lit surtout, c’est le rapport commun que chacun entretient à sa ville, et combien toutes se ressemblent : le marché, le collège, les places et les rues, ce qui irrite, les souvenirs, les escapades vers l’ailleurs, les rues encore, les rencontres et les frontières, ceux qui arrivent et changent la ville, ceux qui arrivent et qui ont peur. « Et quand on est dans l’eau, la mer, c’est encore Toulon ? » Certainement, mais pas seulement.

L’exposition et le livret s’appellent C’est peut-être juste la lumière qui change… Parce qu’entre Toulonnais les visions divergent mais se rejoignent, parce qu’au-delà de Toulon le portrait tracé est celui que chacun entretient à sa ville.

AGNES FRESCHEL
Avril 2016

C’est peut être juste la lumière qui change
jusqu’au 8 mai
Théâtre Liberté, Toulon

À noter :
Une deuxième phase de l’exposition, fabriquée à partir d’éléments collectés lors du premier accrochage, aura lieu à partir du 19 mai

Photo : Exposition Les Mots Pour Le Dire, carte réalisée à l’occasion des dix ateliers d’écriture ainsi que des entretiens avec des Toulonnais © X-D.R.