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Isabel Coixet a donné une leçon de cinéma à Marseille : lumineux et drôle !

La leçon d’Isabel

• 8 novembre 2015 •
Isabel Coixet a donné une leçon de cinéma à Marseille : lumineux et drôle ! - Zibeline

«Je déteste les dimanches et je n’aime pas parler de moi» :  c’est ainsi que Isabel Coixet a introduit sa leçon de cinéma organisée à la Maison de la Région par CineHorizontes en ce dimanche 8 novembre, avant d’évoquer pendant près d’une heure, une carrière et des films qui renvoient tous à sa vie et à sa personnalité exceptionnelle. Goût du paradoxe ? Coquetterie ? Ce n’est pas le genre de cette dame à la carrière internationale qui se dit indifférente aux  paillettes et au step cannois, fût-il sur velours rouge. Franchise, malice et pudeur plutôt chez cette quinqua à l’allure adolescente, baskets aux pieds, grosses lunettes sur le nez, frange et cheveux longs sans brushing, même si, dès son premier film intitulé Trop vieux pour mourir jeune  tourné en Espagne, elle se sentait, à 24 ans, déjà vieille, voire «préhistorique».

Elle qui n’a pas suivi d’études cinématographiques mais qui, toute petite, devant Vanessa Redgrave incarnant l’Isadora de Karel Reisz, avait décidé qu’elle ne se marierait jamais et passerait derrière la caméra pour jouer entre ombre et lumière.

Catalane de naissance, nourrie par la littérature et le cinéma du monde entier, elle a vécu à New York, gagné sa vie grâce aux clips publicitaires et a tourné la plupart de ses films en anglais, aux quatre coins du monde, parce que «les sujets sont universels et que la beauté est partout».

Au fil du récit de son itinéraire, Isabel Coixet a analysé ce qui lui a permis de poursuivre sa carrière de réalisatrice sans succomber à la tentation de tout quitter pour se consacrer au macramé ou mitonner des paellas. Le désastre de son premier long métrage lui a appris que l’échec pouvait être fructueux, qu’un cinéaste ne peut pas se contenter de mettre en scène mais doit regarder, ouvrir les oreilles et le cœur, ne jamais lire les critiques ( surtout avant le café du matin), se préparer au rejet du public et garder une bonne dose d’humour. Les difficultés pour réaliser le second Les choses que je ne t’ai jamais dites refusé en Espagne, tourné aux USA en 4 semaines avec une Lili Taylor qui avait décidé par souci écologique de ne plus se laver et son partenaire qui refusait de l’embrasser, lui ont fait comprendre qu’elle pouvait aller jusqu’à la supplique pour sauver un projet. Le combat pour distribuer le film, sauvé in extremis par sa sélection au Panorama de Berlin, lui a révélé que quand on était fier de son travail, il fallait le défendre jusqu’au bout. Chacun des films suivants lui a rappelé que la réalisation empruntait sans cesse des voies différentes et qu’il fallait souvent faire preuve d’une grande patience : 5 ans pour faire exister Personne n’attend la nuit présenté cette année à la Berlinade !

A travers une succession d’anecdotes, s’est dessiné le portrait d’une femme libre de ses choix. Ainsi l’aventure de Lovers (Elegy) avec Penelope Cruz, Dennis Hopper et Ben Kingsley. Adaptation d’un roman de Philip Roth, les dialogues ne lui conviennent pas : elle les changent au grand dam des producteurs qui lui intiment de justifier chaque mouvement de caméra et n’apprécient pas non plus sa façon de diriger. Soutenue par ses acteurs, et décidée à ne pas transiger, elle gagne sur tous les plans puisque c’est un des rares films qui lui a rapporté de l’argent. Avec les frères Almodovar qui ont produit deux de ses films dont Ma vie sans moi, elle a su aussi imposer Sarah Polley et de substantielles transformations au script de départ.

Car Isabel Coixet s’attache beaucoup au scénario : il est impératif de sentir que l’histoire mérite d’être partagée, montée, racontée et qu’on peut s’en emparer selon un point de vue déterminé. Alors, avec ou sans moyens, avec une super production ou un simple iphone, avec des acteurs confirmés ou des amateurs, on peut faire un bon film. Pour elle comme pour John Berger qu’elle cite volontiers, l’artiste est un porteur de valises. Elles ne lui appartiennent pas, il les ouvre pour les autres. Et ce qui importe pour un cinéaste, plus que l’admiration, c’est le rapport personnel qu’un spectateur peut entretenir avec un personnage ou un aspect de son film. Une rencontre sensible indispensable.

ELISE PADOVANI
Novembre 2015

Ecouter l’entretien avec Isabel Coixet sur WRZ ici

Photo © A Contracorriente Films


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