Rencontre avec Angela Schanelec Grand Prix du FID Marseille 2020

La leçon d’AngélaVu par Zibeline

Rencontre avec Angela Schanelec Grand Prix du FID Marseille 2020 - Zibeline

Invitée d’honneur de la 31e édition du FID Marseille, la réalisatrice allemande Angela Schanelec a donné, samedi 25 juillet, au cinéma La Baleine, une master class animée par une éditrice /traductrice,Marie Hermann et le critique Cyril Neyrat. L’occasion de découvrir le travail de cette cinéaste de la nouvelle Vague allemande qui était déjà venue au Jury international du FID en 2007, aux côtés de Patricio Guzman et d’Apichatpong Weerasetakhul.

Une chance pour ceux et celles qui avaient vu ses films projetés durant le festival de l’entendre parler avec intelligence et précision de sa démarche cinématographique. Et pour ceux qui ne connaissaient pas son œuvre, le désir sans doute de la découvrir.  Ce qui sera possible dès l’automne au moment de la sortie nationale de son dernier opus, Ours d’Argent à la Berlinale 2019 et d’un coffret DVD produit par Shellac sur  l’ensemble de son œuvre, depuis son premier long-métrage, qui est aussi son film de fin d’études à l’Académie allemande du cinéma et de la télévision de Berlin, Das Glück meiner Schwester (1995), à Ich war zuhause, aber (Je suis à la maison, mais) en passant par Plätze in Städten (1998) ou Marseille (2004), sans oublier ses courts métrages.

Tout a commencé par le théâtre pour Angela Schanelec qui confie  n’y en avoir rien appris et avoir eu très vite l’envie de sortir de cet  espace confiné et sombre pour aller vers le cinéma où tout se passait à l’extérieur, vers la lumière. C’est à 25 ans qu’elle s’est mise à voir des films et qu’elle a compris que c’est en faisant, qu’elle allait en apprendre la technique mais aussi une foule de savoir-faire. « La possibilité de poser une caméra quelque part, de demander à quelqu’un de se montrer devant après avoir décidé de l’espace, de la lumière, du cadrage, de la situation du personnage, c’est quelque chose qui rend heureux » sourit-elle. Elle évoque aussi l’importance de la forme qui permet l’humanité et la gentillesse, le choc qu’a été la découverte de Bresson et d’Ozu, son refus de la dramaturgie classique et du cinéma dit réaliste. Elle parle de son rapport à la langue, de la place des dialogues, et des monologues, très travaillés, du choix des lieux destinés aux tournages, des repérages qu’elle effectue souvent seule, des endroits qui l’intéressent pour leur lumière, de son rapport au contre-jour, utilisé pour ne pas séparer les personnages de l’espace… Elle détaille son travail avec les acteurs à qui elle propose des textes à  apprendre. Mais l’important reste le corps et le rapport à l’espace. L’acteur est, pour sa part, déjà un personnage, il n’est donc pas besoin qu’il se  demande ce qu’il joue ou qui il est. S’il le fait, il ne sera pas choisi. Elle finit sa leçon par l’exemple du  casting des enfants qui ont joué Hamlet dans Ich war zuhause, aber. Elle a privilégié parmi les cent cinquante enfants vus ceux qui ne comprenaient pas la phrase qu’on leur donnait  Le texte a créé ainsi quelque chose qu’ils ne contrôlaient pas. « Et là ce qui s’est passé, c’est le texte ! » conclut-elle.

La master class, étant filmée par ARTE, le public n’a pu dialoguer avec la cinéaste  mais grâce aux questions précises et pertinentes des deux animateurs, il a pu découvrir le travail en cinéma et l’univers singulier de cette réalisatrice généreuse et fine à qui le FID, à juste titre, a offert le Grand Prix 2020.

ANNIE GAVA
Juillet 2020

La rencontre a eu lieu le 25 juillet 2020 lors de la 31ème édition du FID Marseille

Photographie : Angela Schanelec ©A.G.

Cinéma La Baleine
59 Cours Julien
13006 Marseille
04 13 25 17 17
labaleinemarseille.com