Avec L'animal imaginaire Valère Novarina livre un chef-d’œuvre d'auto-centonisation théâtrale

La langue en scèneVu par Zibeline

• 14 janvier 2020⇒15 janvier 2020 •
Avec L'animal imaginaire Valère Novarina livre un chef-d’œuvre d'auto-centonisation théâtrale - Zibeline

Il est indéniablement un de nos auteurs contemporains les plus importants, et pourtant ses spectacles sont d’une singularité inimitable, et cet Animal imaginaire joue avec un sentiment de déjà-vu très particulier. On y sent, sous-jacents, d’autres textes novariniens, mais aussi des spectres de scènes, de tirades, dont on reconnaît les élans, les rythmes, les mots chahutés, tordus, ornés de lexiques réinventés. Comme souvent cela commence dans le noir, le rien, le temps inhabité, et les mots arrivent comme des objets, puis les tableaux, les peintures qui semblent retranscrire une vie cellulaire colorée, interne. Les acteurs défilent comme des lieux de parole étranges, drôles, caricatures de groupuscules gauchistes ou sectes têtues aux revendications hilarantes. Personnages parfois, êtres parlants toujours, avec des morceaux de bravoure sidérants, des listes de modalités verbales où le temps explose en irréalités et virtualités, en délirantes valeurs du subjonctif, en jubilation de la langue qui s’écoute parler, et nous emporte.

Car lorsque Novarina met en scène ses textes, c’est l’oralité qui surgit. Le théâtre. Son incroyable bande de comédiens parle sa langue comme on discute au bistrot, ou plutôt comme on harangue les foules, ou plutôt comme on mâchonne un hareng. Avec un naturel qui inclut toujours le décalage, parce que rien ne va droit. Sauf la présence de la mort, de l’arrêt du temps, de l’arrêt des mots, thématique assez nouvelle chez l’auteur, avide de vie, mais conscient qu’il en reste peu. La deuxième partie, moins hilarante, plus grave laisse même apparaître quelque terreur. Mais toujours les mots inventés sont là pour surprendre, sauver, replonger dans la vie jusqu’aux corps étendus sur les brancards qui dansent.

Trois heures passent comme un songe. On en voudrait encore, de cette irrésistible invention verbale, jeu primordial de notre humanité.

AGNÈS FRESCHEL
Décembre 2019

L’Animal imaginaire a été joué au Théâtre de la Joliette, Marseille, les 29 et 30 novembre

À venir
14 & 15 janvier
Théâtre de Sète
04 67 74 02 02 tmsete.com

Photographie : L’animal imaginaire, Valère Novarina © Pascal Victor

Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau
Avenue Victor Hugo
34200 Sète
http://www.theatredesete.com/

Théâtre Joliette
2 place Henri Verneuil
13002 Marseille
04 91 90 74 28
www.theatrejoliette.fr