Retour sur la conférence de Tzvetan Todorov sur l'avenir de la justice internationale

La Justice et la ForceVu par Zibeline

Retour sur la conférence de Tzvetan Todorov sur l'avenir de la justice internationale - Zibeline

Ce qui est profondément rassérénant quand on écoute Tzvetan Todorov, c’est que sa pensée se construit sur des concepts affirmés et qu’on y retrouve, alors qu’il parle du problème concret de l’exercice d’une justice universelle, un univers intellectuel articulé finement autour de la pensée humaniste. Il commence ainsi son exposé par un postulat qui commente Pascal et Montesquieu, affirmant qu’il existe un «sens universel» de la Justice, et que «on ne peut admettre une justice relative qui serait valable au-delà des Pyrénées et non en-deçà». Il conclura en citant Montaigne : «l’existence humaine est un jardin imparfait» et nous n’avons pas à rougir de choisir une voie moyenne.

Pourquoi ? La Justice universelle que les nations essaient de mettre en place depuis Nuremberg ne fonctionne pas. Et, ne peut fonctionner, soumise qu’elle est aux nations les plus fortes.

Son exposé le démontre par l’exemple : le Tribunal Pénal International, contemporain des événements qu’il juge, a employé les termes de «génocide» et «crime contre l’humanité» contre Milosevic, à partir des chiffres avancés de 100 000 à 500 000 morts au Kosovo, crimes réels mais dont on sait aujourd’hui qu’ils firent 4 000 morts, et 2 000 disparus. La raison de cette qualification des faits erronée est avouée par l’OTAN : «nous sommes les bailleurs de fonds du TPI», il fallait donc que l’OTAN justifie l’emploi de la force.

La Cour Pénale Internationale souffre d’autres maux, dus au manque de moyens : économiques, qui l’empêche d’enquêter et donc l’amène à juger d’après des preuves recueillies par les plaignants ; statutaires, puisqu’elle ne peut accuser que ceux qui ont ratifié sa convention, et que ni les USA, ni la Russie, ni la Chine ne l’ont fait ; les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU sont au-dessus de la loi, ainsi que leurs protégés grâce à leur droit de véto. Ainsi la CPI, censée d’après Kofi Annan «protéger les faibles et punir les crimes des puissants», a laissé envahir l’Irak et bombarder les populations civiles sous un prétexte fallacieux ; n’agit en rien contre  les crimes d’Israël en Palestine ; de la Russie en Tchétchénie ; de la Chine au Tibet : elle n’en a pas les moyens. Les inculpations de la CPI, 28 à ce jour, concernent toutes des chefs d’État Africains ! Et la Cour est toujours saisie par les vainqueurs, qui transforment leurs ennemis en criminels et camouflent leurs propres exactions.

Une justice sélective, qui ne frappe que les vaincus, est-elle encore une justice ? «On poursuit les menus rats alors que les gros rats s’échappent», disait Orwell à propos de Nuremberg. Le TPI et la CPI ne font pas mieux.

D’où le choix de la voie moyenne : si la justice universelle, soumise à la force, ne fonctionne pas, la justice internationale progresse. Car «on a plus de chance d’être juste lorsqu’on reste modeste et empirique qu’avec un grand dessein» : Tzvetan Todorov prône la collaboration entre nations, «l’agglutination et le bricolage». Qui peut commencer par des problèmes résolubles : les crimes économiques (paradis fiscaux) ou écologiques sont à portée d’action !

AGNÈS FRESCHEL

Mars 2013

Tzvetan Todorov intervenait dans le cadre d’Échange et diffusion des savoirs à l’Hôtel du département, Marseille, le 7 mars

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