Ô-Dieux par la Cie El Ajouad émeut, bouleverse et donne à réfléchir au théâtre Gilgamesh d'Avignon

La haine en étendardVu par Zibeline

Ô-Dieux par la Cie El Ajouad émeut, bouleverse et donne à réfléchir au théâtre Gilgamesh d'Avignon - Zibeline

Tel Aviv. 2002. Trois femmes, trois cultures, trois destinées. Eden, l’israélienne, est professeur d’histoire hébraïque et prône la coexistence pacifique ; Shirin, étudiante palestinienne de 20 ans, s’oriente rapidement vers le sacrifice de sa vie ; quant à Mina, soldate américaine, elle veille sur la frontière israélo-arabe, l’arme au poing. C’est la jeune et talentueuse Marie-Cécile Ouakil, formée entre autres à l’ENSATT de Lyon, qui incarne magnifiquement ces trois femmes. Un regard plus appuyé ou plus doux, une inflexion de la voix, fluide ou âpre, un port de tête, caractérisent sans ambiguïté chaque protagoniste. Un châle couvre les cheveux ou se transforme en mitraillette tandis que les panneaux sur roulettes qui servent de seuls décors suffisent à nous transporter d’un bar à une salle de cours, de l’intimité de la maison aux barbelés de la frontière. Bravo à Estelle Gautier, la scénographe! Le metteur en scène, Khereddine Lardjam, partage son temps entre l’Algérie et la France. Le nom de sa compagnie, El Ajouad, est le titre d’une pièce du dramaturge algérien dont il s’est engagé à défendre l’œuvre, Abdelkader Alloula, assassiné en 1999 par les islamistes. Ses origines et ses convictions l’ont conduit naturellement au choix de la pièce de l’auteur italien Stefano Massini, Ô-Dieux, qui, sans aucun dogmatisme, montre le cheminement parallèle de trois femmes, leurs prises de conscience de plus en plus affirmées, jusqu’à l’attentat final. Le titre de la pièce en français joue subtilement sur la similitude en italien entre « dio », dieu et « odio » qui veut dire « haine ». Car c’est la haine qui pour l’auteur et le metteur en scène est au cœur des conflits qui déchirent le monde ; « Ce n’est même plus une affaire de religion ! », dit K. Lardjam. Un très beau spectacle qui émeut, qui révolte aussi, tant on voudrait en finir avec ces radicalismes assassins.

CHRIS BOURGUE
Juillet 2016

Ô-Dieux a été joué gratuitement un seul jour, le 18 juillet, au Théâtre Gilgamesh dans le cadre du Festival Off d’Avignon et se jouera à Vitry -sur Seine du 9 au 12 novembre

Le texte a obtenu l’aide à la création de textes dramatiques du CNT

Photographie : O-dieux-© Cie El Ajouad