"Yémen, la guerre qu'on nous cache", ouvrage de Véronique de Viguerie aux éditions Images Plurielles

La guerre avec nos armes

Un garçonnet habillé de bleu nous regarde droit dans les yeux. Son bras mince supporte un fusil. C’est la première image de l’exposition Yémen, la guerre qu’on nous cache, qui accueille les visiteurs de la librairie Maupetit. L’enfant-soldat figure aussi en couverture de l’ouvrage du même nom, paru en ce mois d’octobre aux éditions Images Plurielles. L’auteure des photographies, Véronique de Viguerie, est une habituée des zones de conflits qu’elle couvre régulièrement. Pour cette série réalisée dans le pays le plus pauvre de la péninsule arabique, ravagé par les combats, elle a reçu en 2018 le Visa pour l’Image, ainsi que le Visa d’Or humanitaire du Comité International de la Croix-Rouge. Son travail est remarquable. Éprouvant. Certaines prises de vue s’impriment durablement sur la rétine, telle cette vision d’un tout-petit à la rue, enroulé pour dormir dans un sac plastique, cocon dérisoire. Son œil fermé aux longs cils noirs fait battre le cœur. D’autres sont insoutenables. Il faut pourtant aller les voir, parce que cette guerre se fait avec les armes de l’Occident, notamment celles que la France vend à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. Le moins que nous puissions faire, nous, habitants d’un pays qui fabrique et exporte ce matériel de mort au mépris du droit international, censé protéger les populations civiles, est de regarder en face les conséquences de ces ventes. Les villes bombardées, les membres mutilés, les cadavres, les visages émaciés des survivants. Cela permet de comprendre que tout cela n’est pas inéluctable. Comme le souligne Véronique de Viguerie : elle prend soin, aussi, de photographier la vie, persistante malgré l’horreur. Particulièrement les fillettes et jeunes femmes, dont Amat Allah Hassan, âgée de 17 ans, première Ministre du gouvernement des enfants, qui combat la corruption rampante, les mariages précoces et le recrutement des enfants-soldats. Le Yémen est un pays très conservateur, mais paradoxalement le conflit donne l’occasion à certaines de s’émanciper.

GAËLLE CLOAREC
Novembre 2019

Exposition jusqu’au 16 novembre
Galerie de la librairie Maupetit, Marseille

Yémen, la guerre qu’on nous cache
Photographies Véronique de Viguerie
Texte Manon Querouil-Bruneel
Images Plurielles éditions, 25 €