Tropismes, du chorégraphe Olivier Dubois a été donné à Marseille

La fureur de vivreVu par Zibeline

Tropismes, du chorégraphe Olivier Dubois a été donné à Marseille  - Zibeline

La radicalité des œuvres d’Olivier Dubois en fait un chorégraphe de premier plan salué par la critique et le public. Ceux qui ont vu Révolution, Élégie écrit pour le BNM et Pour sortir au jour au Festival de Marseille, ou Tragédie au Festival d’Avignon s’en souviennent encore. À Klap, Tropismes n’aura laissé personne de marbre. Il faut dire que le chorégraphe n’a pas ménagé ses huit interprètes lancés à corps perdus pendant une heure et quarante minutes ! Avec aux manettes de l’épopée musicale électro-techno-disco-rock le compositeur François Caffenne. Sur le dancefloor laqué noir comme un miroir, les silhouettes se détachent de la pénombre épaisse, se croisent, se frôlent, s’apprivoisent lentement, longuement. Chaque oscillation, chaque déhanché est un battement de cœur. On sent une onde frémissante traverser leurs corps réunis dans une même communauté rythmique, habités par « des mouvements indéfinissables, qui glissent très rapidement aux limites de [notre] conscience » comme l’écrivait Nathalie Sarraute dans Tropismes. Dans cette navigation en aveugle, la raideur des premiers mouvements individuels va laisser place à une chorégraphie fusionnelle, hypnotique, éprouvant la résistance des corps débridés. Le self-control n’est plus qu’une armure de pacotille et les motifs répétés en boucle invitent à l’abandon absolu. Total. Transe collective, gestuelle magnétique, mouvements perpétuels : l’exaltation est à son paroxysme, habilement menée par Olivier Dubois qui provoque des fractures rythmiques, des parenthèses sexy, avec une pointe d’humour jouissive. Le ballroom est ici le lieu de la rencontre mais aussi celui du combat, là où l’on peut déposer les armes (les costumes) pour devenir « païen, sorcier, prophète, martyr »… qu’importe, pourvu que l’on soit étoile vivante d’une constellation solaire, radieuse, qui défie « la mort de ses droits » ! Troisième volet de son projet autour de La Divine comédie, Tropismes nous tient éveillé, sur le qui-vive malgré l’obscurité.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Janvier 2020

Tropismes a été donné les 10 et 11 janvier à Klap maison pour la danse, Marseille

Photo : © Andrea Macchia

Klap
Maison pour la Danse
5 rue du Petit Versailles
13003 Marseille
04 96 11 11 20
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