Art du récit et exigence critique réconciliés dans l'Histoire mondiale de la France, sous la direction de Patrick Boucheron

La France dans l’histoireLu par Zibeline

Art du récit et exigence critique réconciliés dans l'Histoire mondiale de la France, sous la direction de Patrick Boucheron - Zibeline

L’Histoire mondiale de la France parue le 12 janvier dernier aux éditions du Seuil, sous la direction de Patrick Boucheron, a fait déjà couler beaucoup d’encre. L’historien évoque « la vitesse d’un entrain collectif et du sentiment d’urgence qui l’accompagnait » ayant présidé à la naissance de cet ouvrage de près de 800 pages, pour 140 entrées et presque autant de contributeurs. Il s’agissait de répondre aux crispations identitaires à la française en frottant notre récit national au reste du monde, et -diantre !- c’est bien ce qu’ils ont fait. Écrire une histoire de France « accessible et ouverte », réconciliant « l’art du récit et l’exigence critique », qui ne dissocie pas artificiellement le pays des destinées mondiales : « cette ambition est politique ».

L’objectif est atteint ; on le mesure au plaisir intense du lecteur. Nous insisterons sur ce point, car voici un livre que l’on s’approprie, qu’on prêtera volontiers aussi, pour en parler ensuite avec gourmandise. Chronologique, entre -34 000 avant J.-C. et 2015, mais qui se savoure de diverses manières, où l’on peut aller directement à ses périodes de prédilection, tomber en arrêt sur un épisode méconnu, oublié, insu, repartir en arrière, galoper aux conséquences. Un gros bouquin, très peu cher au vu de tout ce à quoi il ouvre : ses chapitres toujours trop courts donnent la furieuse envie d’aller écumer la bibliothèque la plus proche.

On passe ainsi du temps où les normands essaimaient « des collines d’Angleterre aux rivages de la Méditerranée » à l’abolition de l’esclavage, en passant par cette année 1848 où l’Europe se couvrait de barricades, pour mieux revenir à la Révocation de l’Édit de Nantes, ou découvrir le rabbin Rachi, dont l’hébreu aux propriétés phonétiques permet de savoir comment on prononçait la langue française en Champagne, au XIIe siècle. On retrouve les noms de batailles, que tous connaissent sans parfois les relier à quoi que ce soit : Alesia, Marignan… Contre qui se battait-on ? Jusqu’où allaient les routes du commerce, les alliances, le savoir ?

Voilà ce qu’est l’histoire, un accès précieux à toutes ces générations d’êtres humains qui se succèdent, nos semblables, notre grande fratrie qui vague après vague se heurte aux mêmes écueils : le pouvoir, la soumission, l’errance, la foi et l’argent.

GAËLLE CLOAREC
Mai 2017

Histoire mondiale de la France, sous la direction de Patrick Boucheron
Seuil, 29 €