Vu par Zibeline

La Galerie du Château de Servières est "À l’heure du dessin" jusqu'au 5 décembre

La Force du dessin

• 17 octobre 2015⇒5 décembre 2015 •
La Galerie du Château de Servières est

À l’heure du dessin, 3e temps a des airs d’opéra avec chœur et orchestre : six plasticiens interprètent une partition en binôme composée par Paréidolie dans son programme «Une saison du dessin». Pour ce troisième mouvement qui interroge les relations espace/architecture «autour de notions du temps et du déplacement communes à tous», trois artistes d’ici convient trois artistes d’ailleurs. Ce phénomène de rebond crée un dialogue fécond et révèle trois façons de travailler en duo.

installation-(Façade-de-la-prison-Saint-Joseph,-texte-Nicht-zu-sagen),-2015-©-Nicolas-DaubanesDe manière autonome mais sur des questions similaires, Pascal Navarro et Nicolas Daubanes composent des œuvres en écho aux turpitudes du monde. Les dessins néguentropiques de Pascal Navarro réalisés à partir de deux teintes -l’une résiste au temps, l’autre non- révèlent à la lumière de lampes UV les contours d’un temple de Palmyre, à présent détruit. L’encre et le feutre pour évoquer la barbarie à travers l’effacement d’une architecture symbolique. Au cœur du geste de Nicolas Daubanes la même détermination : projetée au mur, la limaille de fer découpée au cutter, sa poussière jonchant le sol, laisse entrevoir la façade de la prison Saint-Joseph de Lyon où Klaus Barbie est mort. Face à ce lugubre bâtiment, ses mots terribles «Nicht zu sagen»1 en réserve blanche dans la limaille couleur de cendres… Laurence Lagier et Katarina Schmidt présentent un processus de création éphémère et évolutif composé à quatre mains in situ : une installation à l’échelle de l’espace qui crée des va-et-vient entre les formes (bandes verticales et tondo), les matériaux (scotch, bombes aérosol, cartons) et démultiplie les points de vue. Le dernier pas de deux procède par ricochets, à l’intérieur même des œuvres de Rémy Jacquier jusqu’aux sculptures de Nicolas Pilard. Le mur d’études de Rémy Jacquier déploie une série de dessins à la facture classique et de maquettes créés autour du mouvement, de la danse et de la musicalité des corps. La gravure ancienne d’une Sarabande est un habile prétexte au jeu de dominos plastique. Nicolas Pilard, dont on connaît le travail pictural, expérimente le geste du dessin en volume dans l’espace avec une fluidité contagieuse. Fragiles, instables, éphémères, toutes ces œuvres ont en commun de questionner l’impermanence des choses et des hommes.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Novembre 2015

1 «Rien à dire», prononcé lors de son procès à Lyon en 1987

À l’heure du dessin, 3e temps

jusqu’au 5 décembre
Galerie du Château de Servières, Marseille 4e
04 91 85 42 78
www.chateaudeservieres.org

photos : Mon amour (Palmyre), installation, 2015 © Pascal Navarro
et Installation (Façade de la prison Saint Joseph, texte Nicht zu sagen), 2015 © Nicolas Daubanes