Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

Le chien, la nuit et le couteau de Marius von Mayenburg : l'épopée meurtrière du jeune M.

La folle nuit du jeune M.

Vérifier les jours off sur la période
Le chien, la nuit et le couteau de Marius von Mayenburg : l'épopée meurtrière du jeune M. - Zibeline

Il ne fait pas bon rôder la nuit entre 1h38 et 5h05. Surtout quand les chiens rejoignent les loups errant dans la steppe, là, à quelques mètres de la rue… Ce n’est pas la seule étrangeté de la pièce Le chien, la nuit et le couteau mise en scène par Louis Arene, créateur du Munstrum Théâtre avec Lionel Lingelser. Déjà le texte du jeune auteur allemand Marius von Mayenburg flirte avec le fantastique qui raconte l’épopée meurtrière du jeune M. égaré dans la ville, et ses rencontres improbables. Mais pas seulement ! Le parti pris scénique et visuel du Munstrum Théâtre enfonce le clou avec maestria -même s’il déroute parfois-, croisant esthétique du film d’anticipation et du film gore, littérature kafkaïenne et commedia dell’arte. Dans un dispositif bi-frontal qui resserre l’étau de la rue de la Perruche sur les protagonistes tout en ouvrant l’espace au spectateur, les trois comédiens excellent à endosser les personnages comme on enfile des perles. Ils glissent de l’un à l’autre sans jamais changer de masque (une peau fine recouvre leur crâne à la manière des personnages des pièces d’Omar Porras), par un simple jeu de costume, un accessoire ou un changement de timbre de voix. Seul le jeune M. reste lui-même, rabâchant son histoire tout en tuant à qui mieux mieux sur son passage, le ventre barré d’une cicatrice béante. Ici on tue à tout-va, du sang nourricier gicle en abondance, l’horloge numérique indique la même heure ; on passe d’une cellule de prison à une salle d’attente d’hôpital où il ne fait pas bon être en piteux état car la faim gronde… Dans ce micro-monde d’avatars, irréel, chacun se débat face à la souffrance et à la mort avec une vitalité désespérée. L’effroi glace leurs visages interchangeables. De proie, le jeune M. devient prédateur le temps d’esquisser de menus gestes chorégraphiques, de chanter à tue-tête, de disparaitre dans un nuage de fumée. En plaidant toujours son innocence.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Janvier 2019

Le chien, la nuit et le couteau a été donné du 23 au 26 janvier à Châteauvallon scène nationale, Ollioules

Photo : Le chien la nuit et le couteau © Bekkir Aysan


Châteauvallon – Scène nationale
795, chemin de Châteauvallon
BP 118
83192 Ollioules cedex
04 94 22 02 02
www.chateauvallon.com