Les carnet d’un acteur, mis en scène par Alain Timár au théâtre des Halles

La folie d’un acteur

Les carnet d’un acteur, mis en scène par Alain Timár au théâtre des Halles - Zibeline

Sur la scène : la scène d’un théâtre. Fedor franchit le rideau rouge qui la barre, un balai à la main. Acteur raté, il vit sa passion en travaillant à l’entretien dudit théâtre. Il se présente ainsi: « Je ne dois pas être un homme si méchant ! Mes colères les plus terribles ne font même pas peur aux moineaux ! Les gens disent que je suis fou… » Bien que fou, il est néanmoins lucide sur sa condition d’humain et sur le monde dans lequel il vit. Et, pendant une heure et demie, seul sur scène, il donne libre cours à son délire.

Charles Gonzalès qui joue Fedor enchaîne avec frénésie et ferveur des thèmes aussi vastes que la condition humaine, la société du bien et du mal, la frontière entre la raison et la folie, la vérité… Pour cela, il convoque Dostoïevski, Shakespeare, les Psaumes et le Qohélet. Masque simiesque, démarche chaloupée, il donne corps à la folie de son personnage. Avec seulement quelques objets, comme le rideau rouge qui, une fois au sol se transforme en une mer écarlate ou avec des mannequins revêtus de costumes de théâtre, son univers onirique se crée sous les yeux du spectateur. La mise en scène d’Alain Timár, grâce au travail exceptionnel de lumière de Richard Rozenbaum révèle les rêves obscurs de Fedor.

Régi par ses passions plus que par sa réflexion, Fedor se laisse emporter par un torrent verbal. Des citations d’Otello, Henry II, Macbeth font irruption dans son discours tant et si bien qu’on se perd dans sa logorrhée, qu’il devient impossible de s’accrocher à une thématique, que le spectateur se sent parfois submergé par son délire et ne peut que se résoudre à se laisser emporter par le flot impétueux de cette parole. « La sagesse qu’un sage cherche à communiquer a toujours un air de folie. » écrivait Herman Hess. Et si Fedor était ce sage ? Même si l’auteur du texte, Alain Timár, précise qu’il n’y a « pas de message, pas de leçon », le spectateur sort de la pièce désorienté, voire frustré, car il aurait bien aimé saisir un peu de la lucidité profonde qui habite le personnage. Nous avons assisté à la première et on peut se dire que nuancer le jeu, trouver un équilibre entre l’incarnation de l’acteur et la folie qui l’habite sont des retouches qui, on n’en doute pas, seront faites d’ici le Festival.

CAROLINE GERARD
Avril 2017

Les carnet d’un acteur s’est joué au théâtre des Halles, à Avignon, le 22, 23, 24, 25 mars et sera repris en juillet durant le Festival Off.

Photo :-c- Céline Zug


Théâtre des Halles
4 rue Noël Biret
84000 Avignon
04 90 85 52 57
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