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La Flûte Enchantée par La Fabrique Opéra au Dôme : une initiative majeure avec les lycées professionnels

La Flûte Enchantée, opéra coopératif

La Flûte Enchantée par La Fabrique Opéra au Dôme : une initiative majeure avec les lycées professionnels - Zibeline

La Fabrique Opéra est une association regroupant musiciens, établissements scolaires, techniciens, lieux de création pour un défi unique : l’ouverture citoyenne de cet art total et populaire, ouverture essentielle dans un monde où les valeurs de partage se perdent. Lycées professionnels, artistes lyriques, techniciens du Dôme ont montré des capacités extraordinaires : les LP La Calade, Brochier, Poinso-Chapuis, Diderot, Marie-Curie, Blaise Pascal, Leau, ISM Cadenelle, Ecole Axe Sud ont conçu costumes, décors, maquillages, montage audio-visuel, promotion du spectacle… Les chefs d’établissements et le rectorat ont favorisé cette initiative majeure, et les élèves l’ont réalisée.
Richard Martin, maître du Toursky, impose sa vision maçonnique de l’œuvre : les symboles (colonnes, pyramides, maillet, ciseau, règle, pierre…), se mêlent à une vision onirique par le biais de vidéos féériques et chatoyantes : décors et costumes changent sans cesse pour un émerveillement toujours renouvelé. Antonel Boldan, ténor roumain, à la ligne de chant parfaite, au timbre d’une rare beauté, aux aigus incisifs, est un remarquable Tamino et sa Pamina, Petra Perla Notova, possède des aigus planants ! Papageno-Papagena forment un couple pétillant, mais le public attend toujours les terribles vocalises de la Reine de la Nuit et ses contre-fa éclatants, relayés depuis des décennies par la pub et le cinéma ; Marlène Assayag se sort de ces pièges avec aisance, sans oublier les passages plus mélancoliques du personnage. Sarastro, Andrey Zemskov, atteint ses notes rares, fa grave, mi grave, mais la voix est instable et l’allemand terrifiant. Les Trois Dames, dont notre mezzo marseillaise Lucie Roche sont excellentes !
Malheureusement le Dôme n’est pas un lieu de spectacle idéal… des défaillances techniques ont émaillé cette soirée : sons compressés des chœurs en coulisse, saturés comme de mauvais mp3 ! Ou des enchaînements de décors et lumières bancals. Marianne Sergent remplace le narrateur germanique du Singspiel en l’actualisant en humoriste : « Tamino, il est beau de folie, il dégage ! Sarastro est un affreux salopard… Que la force soit avec toi, c’est Star Wars avant l’heure». L’amateur sourit, le puriste se bouche les oreilles. Au moins, la salle comprend l’histoire ! Est-ce un piège pour des ados qui retourneront certainement à l’opéra, mais ne retrouveront plus cette version décalée ? Une façon de l’aborder en tous les cas… Jacques Chalmeau, à la direction musicale, impulse de beaux accents à l’OPPM (Orchestre Philarmonique Provence Méditerranée) et trouve des couleurs équilibrées aux pupitres, en  maîtrisant une acoustique capricieuse.
Il faut bien sûr regarder et entendre, cette production comme le fruit d’un travail colossal de six mois, mêlant professionnels et amateurs passionnés, dans un lieu inadéquat acoustiquement : cette production lyrique ne peut être jaugée comme celle, beaucoup plus coûteuse d’ailleurs, d’une saison opéra. Et malgré les fragilités de distribution, de mise en place technique, de fluidité dans les enchaînements, cette aventure collective permet d’intégrer la jeunesse dans le monde fascinant des productions lyriques, qui doit redevenir populaire. Quelle belle image est renvoyée par les lycées professionnels, à plus de 6000 spectateurs rassemblés en trois représentations !
YVES BERGÉ
Avril 2015

La Flûte Enchantée de Mozart par La Fabrique Opéra été joué au Dôme les 17 et 18 avril

Photo : droits Pierre Audibert

www.lafabriqueopera.com