Critique: La flûte enchantée à l’Opéra de Toulon
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La flûte enchantée à l’Opéra de Toulon

La flûte désenchantée

La flûte enchantée à l’Opéra de Toulon  - Zibeline

Pour les fêtes de fin d’année, l’Opéra de Toulon programmait le très célèbre singspiel de Mozart, Die Zauberflöte, K.620. De cette production, les amateurs n’auront pas eu grand-chose à retenir mis à part un orchestre alerte et réactif grâce à une direction très inspirée d’Alexander Briger et quelques voix remarquables qui venaient sauver l’ensemble : on pense notamment à l’impériale Tuuli Takala dans le rôle attendu de la reine de la nuit, mais aussi à l’ensemble des voix féminines plutôt convaincant. Chez les hommes, Antonio Di Matteo campait un Sarastro suave et imposant aux côtés du brillant Papageno d’Armando Noguera. La déception était tout de même perceptible chez les spectateurs malmenés par une mise en scène et des costumes quelque peu déroutants de René Koering, relevant d’une conception très singulière de l’ouvrage. Le mapping vidéo de Virgile Koering, rendu bruyant par la ventilation des projecteurs, cédait ici la place aux traditionnels décors imposants et les paysages reproduits étaient presque tous cohérents à défaut de convaincre, mais l’espace laissé aux artistes lyriques dans ces conditions était largement sous-exploité par une mise en scène globalement monolithique. Que dire par ailleurs de la transposition du livret dans un monde fantasque très inspiré du cinéma et de la culture populaire ? Voir Tamino déguisé en simili Elvis jouant de la air guitar sur une stratocaster, sauvé par les trois dames déguisées en fille de joie à l’aide d’un sabre laser aurait pu s’avérer drôle à condition que les chanteurs aient l’air convaincu. La vision de Monostatos en Dark Vador (hasard du calendrier) réduit à l’état de pantin n’était guère plus stimulante, et l’incompréhension était à son comble lorsque Papageno terminait l’acte 2 sur un selfie à l’aide d’un Smartphone. Ajouté à cela, une étrange répartition linguistique des passages parlés alternant le français et l’anglais accentuait la sensation de déroute. L’intemporalité de la musique mozartienne venait servir ici de caution à une vision atemporelle du livret. Pas sûr que cela ait suffi pour combler les spectateurs.

ÉMILIEN MOREAU
Janvier 2018

La Flûte enchantée a été donné les 27, 29 et 31 décembre à l’Opéra de Toulon

Photographie : La Flûte enchantée © Frédéric Stéphan


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