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Inconséquente Flûte enchantée de Numa Sadoul à l'Opéra de Marseille

La flûte avariée

Inconséquente Flûte enchantée de Numa Sadoul à l'Opéra de Marseille - Zibeline

Peu de choses sont aussi belles qu’un opéra de Mozart. Peu de moments musicaux se hissent à la hauteur de ces envolées orchestrales, de ces clairs-obscurs qu’y darde joliment la direction de Lawrence Foster. Rares sont les tableaux qui résonnent avec autant de grâce que les chœurs des trois Dames, servis ici par la belle entente et les timbres chaleureux d’Anaïs Constans, Majdouline Zerari et Lucie Roche. Peu d’airs émeuvent autant que le désespoir de Pamina, ou la rage de la Reine de la Nuit, servis par la volubilité d’Anne-Catherine Gillet et la solidité plus lyrique que colorature de Serenad Uyar. Tout baryton qui se respecte rêve de s’attaquer aux vocalises enjouées de Papageno -efficace Philippe Estèphe-, d’atteindre un jour les graves de la basse Sarastro -formidable Wenwei Zhang. Tamino est certes un prince pataud, mais ses airs font montre d’une finesse et d’une expressivité incroyables -belle prise de rôle de Cyrille Dubois.

Mais La Flûte Enchantée dispose d’un des livrets les plus sexistes et les plus racistes de l’Histoire de l’opéra. Celui-ci fait de la réduction au silence des femmes et de l’assujettissement des noirs les conditions nécessaires à l’avènement d’une ère nouvelle. Face à un tel canevas, hérité des premières philosophies franc-maçonniques et surtout d’un temps révolu, un metteur en scène peut choisir soit de dire autre chose, soit de ne rien cacher : il ne peut décemment pas prétendre aux deux fronts à la fois quand le cœur lui en dit, au gré de lectures puériles, sous prétexte de s’adresser à un jeune public. La mise en scène de Numa Sadoul n’est ni d’une grande beauté, ni d’une grande cohérence : beaucoup a déjà été dit sur son choix de costumes -Spiderman, Tintin et autres schtroumpfs- d’une laideur terrifiante. Mais rien sur ce recours d’une inconséquence rare à des tenues coloniales pour les interprètes, noirs, de Monostatos –Loïc Félix, bon malgré tout- et des trois esclaves. Il est pourtant proprement inadmissible.

SUZANNE CANESSA
Septembre 2019

Photo © Christian Dresse

La Flûte Enchantée a été jouée les 24, 26 et 29 septembre et les 1er, 3 et 6 octobre à l’Opéra de Marseille

 


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