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Vu par Zibeline

"Juste la fin du monde" au Théâtre Comoedia à Aubagne

La famille, lieu tragique

La mise en scène par Jean-Charles Mouveaux (dix ans après sa première version) de la pièce de Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde, sait, par sa sobre efficacité rendre toute sa force tragique au texte. Louis (Jean-Charles Mouveaux), figure taciturne et distante de l’auteur, revient dans sa famille après une longue absence « pour annoncer, dire, seulement dire, (sa) mort prochaine et irrémédiable ». Mais cette nouvelle qui devait focaliser toutes les attentions ne sera jamais formulée. En fait ce sont tous les non-dits, les rancœurs accumulées, qui jaillissent.

Aux souvenirs d’un passé où toute la famille était réunie, idéalisée par la mère (Chantal Trichet qui interprète son rôle avec une subtile douceur), répondent les remontrances (rappel des humiliations anciennes) du jeune frère, Antoine (Philippe Calvario), bouleversant dans sa sincérité blessée, et son amour mêlé de rage, l’enthousiasme de la toute jeune sœur, Suzanne (Vanessa Cailhol), spontanée, vive, émue de retrouver ce grand frère qu’elle cherche à découvrir, tandis que Catherine, sa belle-sœur (Jil Caplan), est partagée entre l’attachement à son mari et le souhait de rendre leurs relations familiales « normales ». La scénographie de Raymond Sarti, baignée des lumières d’Ivan Morane, qui redessinent lieux et émotions, crée avec son amoncellement de tables sur une partie de l’espace scénique autant de détours, de replis, dans lesquels les personnages prennent de la hauteur, tentent de tergiverser, alors que le reste du plateau, nu, est plus propice aux confessions brutes, aux dévoilements.

La mort non-annoncée, vide béant de silence, hante toute la pièce. La langue du dramaturge est orchestrée avec une précision de métronome, dans ses hésitations, ses silences, souligne les remuements chaotiques de cette famille, à l’image d’une société entière. Les personnages se reprennent, se corrigent, pris par l’angoisse de ne pas avoir utilisé le temps ou le mode adéquats d’un verbe, l’accord d’un nom ou d’un adjectif. Fragilité et précision infinies de la langue ! Le comique affleure, accorde l’épaisseur de la vie à cette œuvre nimbée d’une grande tendresse et magnifiquement servie par L’Équipe de Nuit.

MARYVONNE COLOMBANI
Janvier 2019

Juste la fin du monde a été joué le 9 janvier au Comoedia, à Aubagne

Photo : -c- Marie Coulonjou


Théâtre Comoedia
Cours Maréchal Foch
Rue des Coquières
13400 Aubagne
04 42 18 19 88
http://www.aubagne.fr/fr/services/sortir-se-cultiver/theatre-comoedia.html