Après Les héritiers, Marie-Castille Mention-Schaar réalise un film-choc sur la radicalisation des jeunes filles

La fabrique des monstresVu par Zibeline

• 20 septembre 2016, 28 septembre 2016 •
Après Les héritiers, Marie-Castille Mention-Schaar réalise un film-choc sur la radicalisation des jeunes filles - Zibeline

Le cinéma français ne pouvait pas ne pas s’intéresser au phénomène de la radicalisation jihadiste de la jeunesse. Un sujet casse-gueule, délicat et des films dérangeants qui «tombent parfois mal» comme le thriller de Nicolas Boukhrief Made in France dont la sortie en salles fut annulée à la suite des attentats du 13 novembre. Des attentats qui ont également failli interrompre le tournage du 2e film de Marie-Castille MentionSchaar Le ciel attendra, commencé le 15 novembre. Fort heureusement, la cinéaste a persévéré, consciente de l’urgence justement à comprendre pourquoi et comment de jeunes Françaises appartenant à la classe moyenne, bonnes élèves, lycéennes nourries par Molière et Maupassant, élevées avec amour par des parents peu ou pas religieux, basculaient dans l’extrémisme, renonçaient à leur filiation, à leur culture, à leur plaisirs, participaient à l’organisation d’attentats ou partaient en Syrie pour se soumettre aux commandements de l’Islam vu par Daech et à ceux d’un guerrier-époux. Le ciel attendra suit le parcours de Sonia (Noémie Merlant) et Mélanie (Naomi Amarger). L’une n’a pas réussi à quitter la France et est arrêtée pour avoir fomenté un projet d’attentat, l’autre a réussi à rejoindre Racca et ne reviendra plus. La réalisatrice suit au plus près ces deux adolescentes, étape après étape, dans une construction-déconstruction en parallèle, décalée dans le temps : dé-radicalisation difficile pour la première, processus d’embrigadement pour la seconde. Très bien documentée, elle démonte en l’intégrant dans une fiction habilement ficelée, la stratégie redoutablement efficace des rabatteurs sur Internet. Des agents de l’ «État» islamique qui jouent sur les fragilités de l’adolescence, la soif d’amour, de justice, de règles, le besoin d’être reconnu, et la quête du sens de la vie. Qui partent de critiques pertinentes du système capitaliste consumériste, cynique, manipulateur, pour manipuler à leur tour les consciences et dériver vers des solutions radicales et morbides. Marie-Castille Mention-Schaar a travaillé avec Dounia Bouzar, directrice du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’Islam (CPDSI). Cette dernière sait tout des processus de radicalisation. Elle joue ici son propre rôle, «désintoxique» avec patience et fermeté les jeunes endoctrinés, assiste dans des groupes de parole, leurs parents incrédules, désemparés, culpabilisés, auxquels on s’identifie. Car le film suit aussi le martyre des mères, interprétées avec force par Sandrine Bonnaire et Clothilde Courau.

Sur le même sujet, Thomas Bidegain dans Les Cowboys adopte le point de vue d’un père nous entraînant dans un road movie désespéré, Bonello regarde les jeunes terroristes de Nocturama comme des romantiques, Marie-Castille Mention-Schaar, elle, les présente comme des victimes «possédées» confondant « liberté de conscience et conscience capturée». Mais qu’on peut parfois sauver et convaincre que oui, le ciel peut bien attendre !

En, avant-première le 20 septembre au cinéma Le Cézanne. Sortie nationale le 28 septembre

ELISE PADOVANI
Septembre 2016

Photo : © UGC Distribution

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