L’émancipation par le ballon rond de la première équipe féminine de football, vue par Pauline Bureau

La double vie des footballerinesVu par Zibeline

L’émancipation par le ballon rond de la première équipe féminine de football, vue par Pauline Bureau - Zibeline

Personnages caricaturaux, décor en trompe l’œil un peu kitch, interprétation exagérément expressive… On a craint le pire durant les premières minutes de Féminines mais, avec sa malice et son savoir-faire, Pauline Bureau a effectué un virage à 180 degrés et évité l’écueil de la télé-réalité transposée au théâtre. Trempant sa plume dans l’histoire de la première équipe féminine de football à Reims en 1968, elle réussit à décoller du réel pour créer une œuvre fictionnelle aux contours sociologiques engagés, et emprunte à l’émission belge Strip-Tease sa distanciation et son empathie légendaires pour les personnages. Tout en assumant la forme d’une comédie aux couleurs des Deschiens qui colle parfaitement à l’époque ! Georges Pompidou est alors aux manettes de la République française, les femmes viennent à peine d’obtenir le droit d’ouvrir un compte en banque et la loi Neuwirth autorisant la vente de contraceptifs est toujours dans les tuyaux…

Du coup, ce qui aurait pu être une peinture grossièrement brossée de la société française s’avère être un fin portrait de femmes dont l’émancipation passe par le ballon rond. Unique objet du désir d’être soi, s’épanouir, se libérer du joug du patron et du mari. Entrainements, échauffements, matchs, vestiaires, chambre à coucher, usine, machines, grèves, terrain de foot : deux heures durant, la mise en scène alterne champ et contre-champ comme au cinéma, nous invitant à des allers-retours entre le plateau et l’écran. Dedans-dehors, toujours au plus près de l’action. On sort du cadre comme ces Féminines sortent de leur quotidien pour briser la chape de plomb et retrouver la sensation de vivre. Il faut les voir se jeter sur la piste de danse au rythme des tubes à la mode, entre rires et larmes, abattues par les coups de blues, boostées par les coups de foudre. Toujours unies même dans le plan final, magnifique épilogue chorégraphié en chair, en os et en image.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Janvier 2020

Féminines a été joué le 21 janvier au Théâtre de Fos et le 24 janvier au Liberté-scène nationale, Toulon

Photo : © Pierre Grosbois

Théâtre de Fos
Centre Culturel Marcel Pagnol
Avenue René Cassin
13270 Fos-sur-Mer
04 42 11 01 99
http://www.scenesetcines.fr/

Théâtre Liberté
Grand Hôtel
Place de la Liberté
83000 Toulon
04 98 00 56 76
www.theatre-liberte.fr