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Vu par Zibeline

Stéphane Braunschweig signe une Ecole des femmes joliment moderne et émancipatrice

La domination masculine

Stéphane Braunschweig signe une Ecole des femmes joliment moderne et émancipatrice - Zibeline

Bien qu’il demeure le cœur de l’intrigue, l’objet de toutes les convoitises et de toutes les manigances, au détriment de ses propres désirs, le personnage d’Agnès n’est pourtant pas des plus bavards. L’ingénue disparaît même pendant plus d’un acte, et sa transformation en jeune première affutée à son retour sur scène a été taxée tour à tour d’invraisemblance fâcheuse ou de profondeur psychologique bienvenue. Comment cette enfant, recluse et privée d’éducation par son tuteur, aurait-elle pu trouver la force de lui tenir front ? Pour la replacer au centre des regards, Stéphane Braunschweig a élaboré une mise en scène et une scénographie astucieuses, qui superposent des parois vitrées, des rideaux et des écrans pour laisser entrevoir la jeune pupille silencieuse. Ces dispositifs d’enfermement et de surveillance s’avèrent avant tout métaphoriques : ils propagent sur scène la pensée malade d’Arnolphe, campé sur un équilibre délicat entre grotesque et effroi par Claude Duparfait. Malgré tout, l’objet de son affection lui échappe, moins grâce à l’amour de son nouvel amant -l’Horace ahuri et désopilant de Glenn Marausse– qu’à une vive soif de liberté, que le mariage final ne saurait satisfaire.

Suzanne Aubert prête à Agnès un physique, une énergie et une gouaille adolescentes, pour mieux les retourner en cours de route. Les vidéos de Maïa Fastinger révèlent des traits moins innocents et sèment le doute sur les tourments qui rongent la belle Agnès, le temps d’un plan sur le célèbre petit chat et une paire de ciseaux. Si ces quelques entorses n’altèrent en rien le texte, la comédie se pare ici d’une noirceur très à propos, mais qui cloisonne quelque peu les caractères. Le Chrysalde d’Assane Timbo manie ainsi la langue et la rhétorique avec une gourmandise communicative, mais les domestiques de Laurent Caron et Ana Rodriguez pourront sembler un peu sacrifiés. Arnolphe, dans son habit de despote vieillissant et pervers, qui n’est pas sans rappeler l’Humbert Humbert de Nabokov, ne peut quant à lui qu’hérisser le spectateur. Et c’est tant mieux.

SUZANNE CANESSA
Mars 2019

L’École des femmes a été joué du 20 au 22 mars au Gymnase, Marseille

Photo : L’école des femmes -c- Simon Gosselin


Théâtre du Gymnase
4 rue du Théâtre Français
13001 Marseille
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/