Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

Et Babel ne serait plus un obstacle... Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet dans la Cour d'Honneur

La danse n’est pas naïve

• 20 juillet 2016⇒23 juillet 2016, 7 mars 2017, 23 mars 2017⇒24 mars 2017 •
Et Babel ne serait plus un obstacle... Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet dans la Cour d'Honneur - Zibeline

Babel 7.16 de Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet veut remplir la Cour d’Honneur
médiévale de toutes les langues et cultures d’aujourd’hui, dans une mondialité contemporaine
où Babel ne serait plus un obstacle, un écroulement des tours, mais une joie. L’intention est
belle, contemporaine, et partagée par nombre d’opérations culturelles, depuis Babel Med par
exemple, jusqu’aux festivals de musiques de monde comme Les Suds qui savent que le
dialogue entre les cultures passe par les peuples, et par la musique.

Il est plus rare que cette entreprise concerne la danse. Justement parce que les corps n’ont pas
besoin de traduction, de truchement. A quelques ancrages culturels près, et partageables, ils
parlent la même langue, et leur babel n’est que très relatif. Le spectacle de Sidi Larbi
Cherkaoui et Damien Jalet fonctionne d’ailleurs quand il fait confiance aux corps pour tenir le
propos. Dans un très beau duo où une femme torse nu entrave le corps d’un homme ;
lorsqu’un danseur se transforme à vue d’un homme parlant en primitif grognant,
en allers-retours hilarants d’un état à l’autre ; lorsqu’une danseuse aux bras et mains incroyablement
longs semble embrasser et réinventer toutes les paroles gestuelles du monde. Parfois, ainsi,
dans ce Babel 7.16, quelques images touchent, fascinent… au coeur d’un propos décousu qui
allonge des séquences sans autre lien que leur intention : que 17 langues soient parlées sur
scène, que des corps de tous horizons dansent ensemble ; et que des musiques d’Asie,
d’Europe et d’Afrique s’ajoutent sans s’appauvrir.

Belle intention donc, applaudie longuement, malgré des faiblesses évidentes. De longs temps
où les corps ne font que courir en cercles et déplacer des structures d’acier forment l’essentiel
du spectacle, et on se souvient avec regret que Sidi Larbi Cherkaoui sait écrire de la danse,
forte, musclée, dont on aperçoit ça et là quelques traces… Quant aux dialogues ils sont au
mieux un peu faibles, dans le genre bonimenteur qui vend la Cour d’Honneur, au pire
dérangeants, quand on ne sait comment il faut les prendre : renvoyer le Grec à la dette qu’il
faudrait qu’il paye, ou la femme voilée à la nécessité d’enlever son foulard pour entrer dans le
groupe, est-ce là pour faire rire ? dénoncer ? L’absence de point de vue clair est encore plus
gênante avec Ulrika Kinn Svensson, traitée en poupée gonflable futuriste du début à la fin,
parce qu’elle est suédoise, donc symbolise Ikéa… Bref l’humanité se globalise, parce qu’elle
additionne ses clichés ? La violence des quelques moments de danse nous indique bien que
les chorégraphes sont loin de cette naïveté là, et qu’ils connaissent la difficulté de la
rencontre. Il suffirait, pour que leur Babel ait plus de corps, qu’ils parlent la langue,
universelle, de leur art…

AGNÈS FRESCHEL
Juillet 2016

Babel 7.16 se joue jusqu’au 23 juillet dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes, au Festival
d’Avignon

Il sera joué le 7 mars aux Salins de Martigues et les 23 et 24 mars à Sète, Scène Nationale

Photo : Babel 7.16 © Christophe Raynaud de Lage Festival d’Avignon


Festival d’Avignon
Cloître St-Louis
20 rue du Portail Boquier
84000 Avignon
04 90 27 66 50
http://www.festival-avignon.com/


Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau
Avenue Victor Hugo
34200 Sète
http://www.theatredesete.com/


Théâtre des Salins
19 Quai Paul Doumer
13692 Martigues
04 42 49 02 01
www.les-salins.net