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Vu par Zibeline

Retour sur Question de danse, la manifestation du Klap Maison pour la danse à Marseille

La danse en partage

Retour sur Question de danse, la manifestation du Klap Maison pour la danse à Marseille - Zibeline

De découvertes dansées en projets en cours, de créations en rencontres informelles, Question de danse veut rendre la danse accessible à tous. Sous toutes ses formes ! Certaines sont abouties, d’autres sont en travail comme la proposition d’Olivier Muller qui verra son apogée au Festival Uzès danse en juin 2018. D’autres sont en généreux partage, comme Thomas Lebrun qui crée pour la Compagnie Coline.

Jeunesse et débuts

Avec Danser avec Nusrat, il propose aux jeunes danseurs en formation une pièce pleine d’élans, de vitesse et d’unissons mâtinées de déhanchements orientalistes. Les danseurs portent avec allant et talent, émouvants jusque dans leur concentration un peu crispée… et leur façon de si bien vibrer ensemble.

Installé à Toulon, Sébastien Ly est un habitué de Klap où il bénéficie de temps de recherche, notamment pour sa nouvelle pièce Aux portes de l’oubli. Se font écho textes de Laurent Gaudé et Marie N’Diaye, évocation de souvenirs familiaux, lumières, entrées successives des interprètes. Quand Sébastien Ly parle, ses mains dansent. L’absence de musique laisse entendre le murmure des corps, distinctement : bruissement, souffle, frottement au sol. Un mouvement organique se transmet de l’un à l’autre par de minuscules vibrations qui les lient : c’est une plainte chuchotée à nos oreilles et à nos yeux, puis une révolte qui gronde en lentes vibrations. Pas de cinglants coups de lame fendant l’air mais des gestes qui effleurent, avec senteur d’encens et Miserere de Gregorio Allegri pour fermer les portes de l’oubli…

La proposition, encore fragile, ne demande qu’à mûrir un peu pour atteindre sa plénitude. Comme celle d’Arno Schuitemaker ? Bénéficiant également d’une résidence au Klap, le chorégraphe met ses trois danseurs en mouvement comme on entre en transe répétitive, et les agite des petits pas restreints de dance floor. Avec des variations, infimes, à peine décelables, fascinantes comme dans la musique répétitive : rapprochement, variation d’amplitude ou de dynamique, passage d’une nappe sonore à une autre, ce qui est proposé au regard captive, ou ennuie : au moins dans le principe, on a déjà vu cela…

Créations

L’an dernier à Question de danse, le chorégraphe niçois Éric Oberdorff avait dévoilé quelques premiers éléments de Mon corps palimpseste. Une installation textile était déjà présente, et le duo en était aux prémices. Aujourd’hui, dernier acte du cycle « Traces », Mon corps palimpseste développe une énergie séquentielle : lui s’impose dans la vitesse, l’énergie ; elle s’inscrit dans la lenteur et la retenue, et inversement. À quelques moments clefs leurs corps se trouvent dans le même état de danse. La sculpture arachnéenne les recouvre, les emprisonne, les ensevelit tour à tour, efface les traces sur leurs corps pour les faire renaître ensuite. La construction de la pièce aux combinaisons délicates manque encore de fluidité dans les enchaînements, mais elle nous entraîne vers un ailleurs d’inconscience.

Dans un dispositif bi-frontal resserré, Bibi Ha Bibi a pris le public par surprise, estomaqué par la performance de Henrique Furtado et Aloun Marchal imaginée « comme un acte guerrier dans une arène ». Sans relâche durant 50 minutes, le duo met en jeu sa virilité dans un face à face impitoyable : nez contre nez, crachat contre crachat, dos à dos, leur accouplement est féroce, rythmé par leurs râles incessants inspirés des chants de gorge, inuit en particulier. Tensions, cadences, endurance, travail respiratoire ventral ininterrompu, la partie de ping-pong corporel qu’ils inventent est exigeante, et inédite. À la précision horlogère qu’elle requiert s’ajoute un jeu de regards soutenus au public. Les danseurs le rendent complice de leur rituel primitif avec un talent pour les grimaces synchronisées indiscutable !

Blessé, Olivier Muller ne fut pas en mesure de danser Hoodie, et projeta un film réalisé à Montpellier dans le cadre du Master 2 « Recherche et représentation ». Avec quelques extraits de matériaux, il a déjà mis l’eau à la bouche de l’assistance. Son projet appréhende la figure de la sorcière comme « un objet à étudier et illustrer », et la performance laisse présager un spectacle riche en matières : rituels chamaniques, mouvements d’émeutiers, histoires et fictions, objets urbains récoltés… de quoi créer un carnet de gestes captivant.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI et AGNÈS FRESCHEL
Novembre 2017

Question de danse s’est déroulé à Klap Maison pour la danse, Marseille, du 28 septembre au 21 octobre

Photo : Mon Corps Palimpseste, Compagnie Humaine © Éric Oberdorff


Klap
Maison pour la Danse
5 rue du Petit Versailles
13003 Marseille
04 96 11 11 20
http://www.kelemenis.fr/