Marseille Objectif Danse : magistrales chorégraphes !

La danse des chorégraphEsVu par Zibeline

• 4 décembre 2014⇒13 décembre 2014 •
Marseille Objectif Danse : magistrales chorégraphes ! - Zibeline

Tandis que le Klap ne programmait que des hommes, Marseille Objectif Danse invitait des femmes chorégraphes. Par hasard, explique Josette Pisani, mais sûrement aussi par choix esthétique : sans faire d’essentialisme les femmes se posent sans doute, actuellement, d’autres questions sur le corps, qui n’intéressent pas vraiment les hommes…

Geneviève Sorin et ses deux complices ont présenté trois pièces attachantes. Marjorie d’Amora a offert sept minutes stupéfiantes d’énergie avec Empreinte. Un pied chaussé d’une sandale à haut talon, l’autre d’une bottine de marche, elle a arpenté le plateau avec rage, alternant roulades, étirements, à la limite du déséquilibre, métaphore de la femme scindée dans le monde actuel. Plus calme, Bach et aujourd’hui aussi de Léa Canu Ginoux, qui caresse le sol, comme elle caresse le piano de Valérie de Maria qui joue Bach puis Fauré. Un échange amusé entre les deux expressions artistiques qui finit dans une fusion inattendue : danseuse et pianiste se retrouvent toutes les deux à l’intérieur du piano et s’y endorment. Enfin dans Hep ! Garçon ! Sorin met en scène Marjorie d’Amora et Gatinho dans un duo qui évolue sur une vieille table en formica, la saute, l’enjambe. Accompagnés de la contrebasse de Bastien Boni et de la guitare et voix de Guida Bastos, les corps se mesurent, s’étreignent dans une belle dynamique.

Olga Mesa est elle aussi une habituée de MOD. Le deuxième temps de son Carmen Shakespeare, conçu et interprété avec le plasticien Francisco Ruiz de Infante, est un Crash test en forme de foutoir, avec des images captées qui se reflètent et se déforment, une bande-son composite qui cite Carmen, des objets et des caméras partout, des gestes et des pas et des bouts de bois qui claquent… cela parle du conflit, amoureux, du choc, des formes. Cela cherche une voie, ne la trouve pas toujours, mais la cherche.

Maguy Marin l’a trouvée, et en fait une fois de plus la démonstration magistrale. Le concept de Singspiele est d’une simplicité extrême : un homme, David Mambouch, porte sur le visage des photographies d’autres visages, et adapte son corps, qu’il habille et déshabille lentement, à ces identités qui défilent sur la sienne. Ainsi son corps se met à incarner d’autres corps, d’un rien, un affaissement, un raidissement, un déhanchement, le geste de sa main, un léger ploiement du cou ou des épaules. C’est toute l’humanité qui défile, jeunes et vieux, marginaux et bourgeois, blancs et asiatiques, hommes et femmes, gueules cassées et corps guindés, souffrances et masques, conventions et petits arrangements avec le costume. La relation de mimétisme entre visages et corps, et l’expressivité de la pause et du mouvement, sautent aux yeux. Bien sûr la bande-son, les costumes, la lumière, l’estrade simple, sont parfaits. Et à ceux qui disent que ce n’est pas de la danse, on peut répondre que jamais un corps n’a tant exprimé…

AGNÈS FRESCHEL et CHRIS BOURGUE
Décembre 2014

Le focus de MOD s’est déroulé du 4 au 13 décembre à La Friche, Marseille

Photo : Singspiele-c-B.-Lebreton

La Friche
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