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Vu par Zibeline

Retour sur Festiv’Anges, ou la danse pour tous, au Klap à Marseille

La danse à tous les âges

Retour sur Festiv’Anges, ou la danse pour tous, au Klap à Marseille - Zibeline

Moment de découverte et de convivialité, Festiv’Anges offre au spectateur une formidable proximité avec la danse

L’École des sables créée par Germaine Acogny en 2004 à Toubab Dialaw, à 53 km de Dakar, est en péril financièrement. Par fidélité à cette grande figure de la danse contemporaine africaine, Michel Kelemenis a décidé d’ouvrir son festival de danse pour l’enfance et la jeunesse avec la dernière création de la chorégraphe aujourd’hui âgée de 73 ans, À un endroit du début. Une œuvre tout en symboles et en références à son histoire familiale évoquée dans Les récits d’Aloopho de Togoun Servais Acogny. Un solo à l’intensité permanente construite sur les sédiments de son héritage personnel et de la colonisation du Sénégal.

Majestueuse, apparaissant et disparaissant derrière un voile d’images vidéos, elle évoque avec tendresse ou colère les figures du père et de la grand-mère, les traditions sacrificielles, elle danse, elle conte, elle murmure les paroles d’un standard de Johny Cash, elle martèle « je n’ai plus ni maison, ni refuge, ni patrie ».

Ce dépouillement est comme une mise à nu d’elle-même, un témoignage d’une force incroyable. Celle qui a imaginé l’École des sables comme un centre ressource pour les danseurs du continent africain et d’ailleurs, qui l’a ouvert au pèlerin en quête de rencontres avec l’homme et la nature, a reçu ce soir-là une de ses plus belles récompenses. Une spectatrice qui n’était jamais venue à Klap et découvrait pour la première fois un spectacle chorégraphique l’a remerciée publiquement « de [lui] avoir fait prendre conscience ».

Son combat pour former, transmettre, partager, trouve dans Festiv’Anges une continuité évidente. Son message est repris à leur compte par les artistes invités soucieux d’ouvrir la danse à tous les publics : Katy Deville et Patricia Guannel (Théâtre de Cuisine) ont écrit en papiers de soie et kraft une forme courte destinée aux tout-petits à partir de deux ans,

Ce qui nous vient de loin, c’est la curiosité pour le monde ; Yuval Pick a conçu Playbach comme « une métaphore suggérant l’amitié, la solidarité », des mots qui résonnent aux oreilles des jeunes spectateurs ; Michel Kelemenis propose aux apprentis danseurs de Coline de s’emparer de sa pièce Faire feu… Entre-temps, Festiv’Anges aura fait place au trio de Naïf Production et son éloge de la fraternité dans La Mécanique des ombres. Cagoulés, le visage à peine perceptible, Sylvain Bouillet, Mathieu Desseigne et Lucien Reynès se déplacent comme des aimants, un geste magnétisant l’autre, et tentent l’impossible : communiquer.

Travail sur la chute, le déséquilibre, le lâcher prise, la répétition et le mimétisme : le trio est interdépendant et la mécanique parfaitement huilée. Belle leçon de danse doublée d’une intention qui sonne juste, à savoir qu’il faut la bienveillance de l’autre pour garder son intégrité.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Décembre 2017

Festiv’Anges s’est poursuivi jusqu’au 21 décembre à Klap-Maison pour la danse, Marseille

Photo : Ce qui nous vient de loin © Didier Philispart


Klap
Maison pour la Danse
5 rue du Petit Versailles
13003 Marseille
04 96 11 11 20
http://www.kelemenis.fr/