La Cravate d'Etienne Chaillou et Mathias Théry, en salles le 5 février

La CravateVu par Zibeline

• 5 février 2020⇒12 février 2020 •
La Cravate d'Etienne Chaillou et Mathias Théry, en salles le 5 février - Zibeline

Elle est nombreuse et familière, cette « foule de jeunes gens sympathiques » entrevue dans les JT et sur les carrefours en période électorale. Elle fut si rarement examinée qu’Etienne Chaillou et Mathias Théry ont voulu scruter d’un peu plus près. Certains visages dépassent, se démarquent par leur candeur et leur impénétrabilité, là où les sourires des professionnels manquent cruellement de cette ingénuité. Entre le rictus de Florian Philippot et le sourire figé de Marine Le Pen, le regard de Bastien, sympathisant FN de la première heure, semble comme détaché, off. C’est cette détresse-là que les réalisateurs sont partis sonder, observer.

Pour ce faire, les auteurs de La Sociologue et l’ourson ont de nouveau misé sur la force romanesque de la parole pour structurer leur métrage. Les images captées au fil des meetings, rencontres et actions du parti sont commentées, non sans ironie, avec l’imparfait et le passé simple des fresques de grande ampleur. À cette progression narrative du récit se confronte le commentaire du jeune militant, qui valide, ou non, les propos des réalisateurs. Porté par un désir assez déroutant de bien faire, il s’oppose rarement au procédé, même lorsque l’ironie ou le malaise sont évidents. Le dispositif est d’une bienveillance parfois inconfortable vis-à-vis du jeune homme : veut-on vraiment partager les peines et blessures de cet ancien skinhead, voyant dans Marine Le Pen le seul salut possible de la France ? Veut-on vraiment vivre avec lui ses désillusions, dont celle qui le ramènera à sa classe ouvrière quand les membres plus « présentables » du parti en deviendront peu à peu les cadres ? Le trouble que La Cravate suscite réside également dans l’ancrage profond, irrationnel et possiblement indélébile de cette violence et de cette colère dont Bastien ne saura jamais se débarrasser, parce qu’elle n’a pas d’issue.

SUZANNE CANESSA
Février 2020

La Cravate, de Etienne Chaillou et Mathias Théry sortira le 5 février (1h37)