Vu par Zibeline

Première monographie consacrée à Harry Gruyaert par Textuel : une épopée photographique !

La couleur comme leitmotiv

• 8 septembre 2016⇒15 octobre 2016 •
Première monographie consacrée à Harry Gruyaert par Textuel : une épopée photographique ! - Zibeline

Les photographies de Harry Gruyaert se passent (presque) de commentaires. À tel point que la première monographie qui lui est consacrée par Textuel donne la priorité aux reproductions qui chantent la couleur sur tous les tons. Le road-movie démarre par un plongeon dans la série pop de 1972, TV Shots, fabriquée à partir du dérèglement d’un poste de télévision. Puis coup de frein brutal avec la préface de François Hébel, et redémarrage à deux cents à l’heure aux côtés du photographe coopté par Magnum Photos, qui, après avoir laissé tomber la photo de mode et la photo en studio, s’est lancé sur les routes ! Libre de ses mouvements dans l’agence qu’il trouve tantôt « merveilleuse et stimulante », tantôt qui lui donne « envie de fuir en courant », il vagabonde en Belgique, le pays de sa jeunesse, aux États-Unis, au Maroc, en Russie, en France, en Angleterre, en Inde ou au Japon, pour saisir la banalité comme l’étrangeté de la vie quotidienne. La mise en page de l’ouvrage accentue cette impression de farandole colorée de scènes dans lesquelles on s’immisce en témoin complice : on se glisse sur le banc d’un parc à Moscou en 1989, on s’assoit à la table d’un banquet champêtre à Extramadura, en Espagne, en 1998 (une photo comme un tableau de Manet sous ecstasy), on attend la felouque à Assouan, en Egypte en 1992,  dans un décor en technicolor…

On ressort de cette épopée avec le tournis, essoré mais séduit par sa « patte »: la tessiture velouté des tirages, la découpe savante de la lumière, le dialogue des couleurs, la révélation d’instants échappés de la monotonie. Et par son empathie pour ses sujets, qu’il s’agisse d’un jeune malien allongé au bord du Niger à Mopti ou d’un bric-à-brac d’objets jonchant la route du Haut Atlas marocain. Un sentiment complexe sur lequel Richard Nonas, dans sa postface, pose les mots justes : « Sur ces photographies, les choses ont le poids et le mouvement des êtres, tandis que les êtres ont la permanence obtuse et le côté prévisible des choses ».

La librairie-galerie Maupetit dévoile à Marseille une autre facette de son travail, jusqu’au 15 octobre, sous le titre : Hommage à Antonioni – Variations sous influence.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Août 2016

Harry Gruyaert
Préface de François Hébel, postface de Richard Nonas
Éditions Textuel, 55 €


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