Retour sur la Fête du livre des Écritures croisées à Aix du 17 au 20 octobre

La conjugaison du voyageur et du moineLu par Zibeline

• 17 octobre 2013⇒20 octobre 2013 •
Retour sur la Fête du livre des Écritures croisées à Aix du 17 au 20 octobre - Zibeline

Citoyenne du monde, Etel Adnan, invitée d’honneur des Écritures croisées 2013 se raconte, mère grecque de Smyrne, père syrien ottoman. «J’ai vécu avec deux personnes étrangères à elles-mêmes, et mon éducation passant par l’école française fut livresque, sans rien à voir avec le Liban où je vivais ! Nous étions trois personnes de trois mondes différents.» Se refusant à tout débordement de pathos, l’écrivaine affirme : «Ce n’est pas tragique, mais intéressant, tant qu’un problème ne vous tue pas il vous élève, vous aide…» «Cela m’a poussée à vivre au jour le jour.» Elle part en France, en Amérique, enseigne à Berkeley la philosophie, puis revient à Beyrouth, cette ville née de la guerre. «L’histoire écrit mes livres, j’aimerais parler d’autre chose, mais c’est impossible ! Mon Guernica c’est L’Apocalypse Arabe ! Ma peinture elle, reflète le côté planétaire.» Un film livrera d’ailleurs quelques clés de son art, peuplé de lignes, «ce qui m’intéresse, ce sont les lignes  de force. Toute œuvre bouge.» En soulignant son «côté inculte en musique», elle explique : «J’aime la musique comme plongée… elle m’a aidée quand j’enseignais la philosophie de l’art : pour l’art abstrait, il y a un sens caché, comme dans la musique, et qui ne nécessite pas d’être explicité. Écrire de la musique, comme en peinture ou en écriture, c’est attraper un ton. À l’instar des oiseaux qui attendent un courant d’air qui lorsqu’ils l’ont trouvé partent.»

Voyageurs aussi les autres invités : Dimitris Kraniotis, danseur et poète dont Dominique Gramont a dit : «C’est comme si le jeune Kavafis avait déjà lu Elytis.» Il explique à quel point la poésie est une forme de lutte contre l’acculturation : «Dans la poésie les mots ont d’autres spectres de significations. Le Grec ancien leur donne une épaisseur, c’est ce qui m’a permis de devenir poète.»
Vivant lui aussi entre France et Grèce, Vassilis Alexakis, inlassable conteur, enchanteur du monde, explique : «La vie n’est pas très lisible, aussi ennuyeuse que l’annuaire du téléphone», et donne l’une des clés de son écriture, «il faut toujours deux sujets pour faire un livre, pour que s’entrecroisent les thèmes.» Gil Jouanard, fondateur des rencontres littéraires, est inclassable, poète, voyageur, philosophe… il conte, nourrit d’anecdotes et de faits son écriture. «Écrire, c’est conjuguer le voyageur et le moine» affirmait Jacques Lacarrière. Il était là par une exposition de ses photographies, les lectures sensibles de Silva Lipa Lacarrière, dans cette Fête du livre dont il avait été l’un des parrains, lui qui se définissait comme un «mainteneur de mots», pour qui «marcher, c’est se réaccorder à ce qui nous entoure». Hannah Schygulla apportait sa présence lumineuse, ses choix de textes, accompagnée par le piano de J-M. Sénia. La menée des débats par G. Meudal toujours fine et précise, l’enthousiasme indéfectible d’Annie Terrier ont permis à ce début de voyage entre Méditerranée et Baltique de s’opérer en sensible poésie.

MARYVONNE COLOMBANI

Novembre 2013

La Fête du livre des Écritures croisées a eu lieu du 17 au 20 octobre à la Cité du livre, Aix-en-Provence

Photo : Ecritures Croisées 2013, ouverture (c) M.C. et Etel adnan (c) X-D.R