Vu par Zibeline

"To Da Bone" au Théâtre Les Salins, Martigues

La communauté du Jump

Le Jumpstyle tient à la fois d’un genre musical et d’une forme de danse, nés dans les clubs du nord de l’Europe mais aussi propagés sur les réseaux sociaux via des tutoriels et de courtes séquences sur Internet. Les parcours individuels se fédèrent grâce aux outils virtuels, pour une communauté de gestes, de pas, de sauts, de jeux de jambes précis. Avec To Da Bone, le collectif La Horde réunit sur scène onze jumpers venus de Belgique, France, Québec, Hongrie, Ukraine, Pologne pour un spectacle qui permet d’approcher l’art du Jumpstyle, défini comme danse « post-internet ».

Un par un, dans le silence, les artistes entrent sur scène, se répartissent selon le schéma d’une pointe de flèche. Puis, sur la base d’un pas au carré, l’ensemble évolue avec une synchronisation parfaite, quasi militaire. Les bruits des pieds qui s’ancrent au sol avant les envols, les cris d’encouragement, comme lors d’une épreuve de gymnastique, renforcent l’impression d’un rite partagé, et lui accordent son aura revendicative. Au collectif s’ajoutent les démonstrations en solo ou en duo : exposition d’un savoir-faire doublée d’une part de défi.

Tout devient objet chorégraphique, depuis les performances virtuoses des danseurs à leurs étirements, leurs fatigues, leur vannes devant une caméra qui renvoie (écho des origines) leurs images sur l’écran mouvant d’un grand « drap ». Évocation des débuts, du temps passé à se filmer à se cogner aux meubles avant d’oser l’espace public… solitudes additionnées qui trouvent dans la similitude des mouvements, des rythmes pulsés d’une musique électro, une épaisseur humaine.

Beaucoup de garçons sur scène, pour deux filles… la montréalaise Camille Dubé Bouchard en sourit : « je suis une battante » ! Le final au cours duquel les êtres émergent d’épaisses fumées en improvisations, laisse présager une belle entrée dans le domaine de la création contemporaine de cette forme populaire qui s’est emparée autant des codes des danses slaves traditionnelles que de ceux de la rue. Une liberté puissante sourd de cette exultation nouvelle qu’a ovationnée le public martégal.

MARYVONNE COLOMBANI
Février 2019

To Da Bone a été dansé le 20 février au Théâtre Les Salins, Martigues

Photo : To Da Bone -c- Tom de Peyret


Théâtre des Salins
19 Quai Paul Doumer
13692 Martigues
04 42 49 02 01
www.les-salins.net