Une Collection d'amants boulimique et méticuleuse à Montpellier

La collectionneuseVu par Zibeline

Une Collection d'amants boulimique et méticuleuse à Montpellier  - Zibeline

Depuis son passage à Montpellier, Raquel André a étoffé de 8 personnes supplémentaires sa Collection d’amants. Cela porte à ce jour à 253 le total des hommes et des femmes qui se sont prêtés à son dispositif de rencontres, dont elle présente sur scène une transposition qui mêle très habilement documentaire et théâtre. Lors de l’énumération des listes, chiffres, prénoms, pourcentages qu’elle déroule au début du spectacle, seule sur le plateau, on pense d’emblée à Georges Perec. Vertige des données, poésie des suites. « Un et un seul m’a parlé de foot ». Le plus jeune des « amants » avait 17 ans ; la plus âgée : 83. Les pays sont multiples, témoins des trajets de l’artiste, qui, depuis 2014, collecte, boulimique et méticuleuse, les instants de ces rencontres provoquées. Attraper des moments particuliers pour en faire un ensemble de souvenirs (photos, enregistrements, mémoire), c’est le projet fou, obsessionnel autant que furieusement romanesque de cette jeune artiste lisboète installée à Rio. Chaque fois, pendant une heure, elle propose à des inconnu(e)s de partager avec elle un vrai moment d’intimité. Qu’est-ce qu’une rencontre, finalement ? N’est-ce pas en effet se trouver dans une situation où on s’autorise à livrer quelque chose de profond, d’important ? Que se passe-t-il dans ce temps suspendu ? « Dans 90% des rencontres, continue Raquel André, la solitude est un sujet ». On se touche, on s’embrasse, peut-être même parfois on va plus loin. L’artiste laisse planer le doute (l’espoir), les petites histoires d’une heure, selfies où photos déclenchées avec le retardateur projetés à l’appui, s’émancipent de l’espace du plateau pour venir parler à l’oreille de chacun. Elle a apporté quelques objets qu’on lui a offert. Dérisoire et miraculeuse pêche au souvenir. Elle assemble ces microcosmes d’humanité en une fresque étonnamment palpable et émouvante. Son empathie extrême n’est pas feinte, son sens de la dramaturgie parvient à donner à l’ensemble un parfum de théâtre qui sonne aussi vrai qu’une belle fiction.

ANNA ZISMAN
Janvier 2020

Collection d’amants a été donné au CDN Théâtre des 13 Vents de Montpellier les 12 & 13 décembre

Photo : © Tiago de Jesus Bras