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Les chants de la Maladrerie de Flavie Pinatel au Festival international du film d'Aubagne

La cité en chantant

Les chants de la Maladrerie de Flavie Pinatel au Festival international du film d'Aubagne - Zibeline

Le 22 mars, la réalisatrice marseillaise Flavie Pinatel présentait au Festival international du film d’Aubagne son dernier documentaire, Les chants de la Maladrerie, produit par Films de Force Majeure et soutenu par la Région PACA. Une première en compétition, à laquelle assistait aussi Mariusz Grygielewicz, monteur et sound designer de ce film dont la bande-son enchaîne chansons a cappella ou accompagnées au piano, ramages champêtres, babils d’enfants, rumeur urbaine et bruits concrets. Où les quelques bribes de discours amorcés se placent bien au-dessous du Chant. Flavie Pinatel a voulu filmer le « vivre ensemble » dans une Cité d’Aubervilliers conçue par Renée Gailhoustet et labellisée aujourd’hui « patrimoine du XXe siècle ». A voulu rejoindre l’Utopie de cette architecte qui propose contre les « cages à poules » créées dans les années 60, un habitat humain aux espaces imbriqués que chacun peut s’approprier. Construite à l’emplacement d’une léproserie, la Maladrerie, qui en a conservé le nom, peu engageant, lié à l’idée d’exclusion, est un havre de verdure et un patchwork multiculturel qui ressemble à son plan. Collage de polygones colorés, floraison d’étoiles, demi-couronnes ou demi-sourires : un projet politique très poétique en somme, dont Flavie Pinatel revendique la philosophie. Contre les sombres images du Neuf-Trois véhiculées par les médias, sans dissimuler poubelles et caddies jetés dans un étang bucolique, elle montre la beauté des nénuphars qui fleurissent tout près, exalte les murs de béton qui découpent le ciel, les façades hérissées de terrasses en triangles donnant à l’ensemble social un grand air de château. Elle révèle des graffitis en tableaux abstraits, ouvre les échappées (belles) de cette architecture. Sa caméra s’accroche au dos de quelques habitants, les suit en petits plans séquences dans le labyrinthe de la Maladrerie, par rues pavées, escaliers et chemins quasi forestiers. Un enfant en trottinette ponctuant cette chorégraphie. Elle s’arrête devant un danseur de hip-hop, un accordeur de piano au jardin, une chorale black-blanc-beur au pied des immeubles. Chacun a choisi son espace et son chant. Un chant ni désespéré, ni agressif. Du Prévert-Kosma bien sûr pour les enfants prolétaires d’Aubervilliers, l’espièglerie canadienne de Linda Lemay, une prière au Seigneur, un youyou à la fenêtre ou des raps inventés par leurs interprètes. La réalisatrice, qui réside dans cette cité accueillant dès l’origine des Ateliers d’artistes, dit avoir voulu « poser un regard doux » sur elle. Pari réussi.

ÉLISE PADOVANI
Avril 2017

Le Festival international du film d’Aubagne a eu lieu du 20 au 25 mars

Photographie : Les chants de la Maladrerie, de Flavie Pinatel © Films de Force Majeure et Périscope-1