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Vu par Zibeline

Denys Arcand, réalisateur des Invasions barbares, revient le 20 février avec La Chute de l’Empire américain

La Chute de l’empire américain

• 20 février 2019⇒27 février 2019 •
Denys Arcand, réalisateur des Invasions barbares, revient le 20 février avec La Chute de l’Empire américain - Zibeline

Introduire Spinoza, Nietzsche, Platon, Aristote, Schopenhauer et les impératifs kantiens dans les dialogues d’un polar, c’est forcément décalé et hilarant. Se servir de la philosophie pour justifier des choix scénaristiques, c’est même bigrement malin. La malice est sans doute ce qui caractérise La Chute de l’empire américain, dernier opus de Denys Arcand. Le réalisateur canadien avait marqué les eighties avec Le Déclin de l’Empire américain (1985), film générationnel où il se moquait des valeurs et des idéologies de baby boomers trop gâtés en pleine crise de maturité. Œuvre suivie en 2003 par Les Invasions barbares, un film aussi drôle mais plus grave puisqu’on y retrouvait Rémy, le prof d’économie canadien, « socialiste voluptueux » en train de mourir à l’heure d’un bilan pas toujours positif. Du Déclin à la Chute, le titre de ce petit dernier semblerait indiquer une suite et une fin à ce qui pourrait être une trilogie de la Comédie humaine selon Arcand. Malgré les nombreux clins d’œil aux films précédents, il n’en est rien. On quitte ici les Bourgeois universitaires pour la Marge : un intello déclassé, une call girl, des requins de la finance internationale, un ex-taulard rugueux et bougon, ex-motard, devenu spécialiste d’« optimisation fiscale », et interprété par Rémy Girard, le Rémy de la Chute et des Invasions. En toile de fond, la misère sociale : des Inuits dormant sur les trottoirs québécois, la soupe populaire pour les naufragés du système.

Pierre-Paul -deux apôtres en un seul prénom !- est docteur en philosophie, plus intelligent que la moyenne, donc… pauvre. Le monde appartient aux crétins, c’est sa conviction ! Chauffeur-livreur, il aide dans son temps libre les plus démunis comme il peut. Témoin d’un hold-up qui tourne au carnage, son dilemme ne dure guère : il récupère les sacs d’argent sale, abandonnés au milieu des cadavres. Des millions de dollars qu’il va devoir faire circuler dans les circuits internationaux pour les blanchir et échapper à la justice. Pour s’atteler à la tâche, Pierre-Paul (incarné par Alexandre Landry), Rémy, son ancienne compagne (comptable de métier), son nouvel Amour, une escorte incarnée par la ravissante et talentueuse Maripier Morin, un ex-client de cette dernière, avocat libidineux et sans scrupules, vont former une drôle d’équipe. Occasion de revoir quelques rudiments en évasion fiscale et de faire rebondir une action soutenue par l’enquête de deux flics (Maxim Roy et Louis Morissette), un duo mixte, digne des innombrables séries du genre qui nourrissent notre imaginaire télévisuel. Car Denys Arcand n’évite pas les clichés, il les utilise, les met dans la perspective mythologique de notre époque. Les intentions bonnes et mauvaises se mélangent, le fric sale fait dans l’humanitaire. La candeur de Pierre-Paul sert la forfaiture. Les vers de Racine deviennent un appât pour se prostituer et la morale est sacrément brouillée. L’Empire de Trump et consorts n’en finit pas de chuter et de brouiller les codes.

ELISE PADOVANI
Février 2019

La chute de l’empire américain, de Denys Arcand, sortira le 20 février (2h09)

Photo : Copyright Jour2fête