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Lectures d’Amérique Latine au Toursky #3

« La chanson noire de Don Pablo Neruda »

Lectures d’Amérique Latine au Toursky #3 - Zibeline

Le troisième volet des lectures d’Amérique Latine au Toursky s’ouvrait sur une évocation brève et érudite au cours de laquelle fleurissaient quelques anecdotes, présentée par le dramaturge et nouveau consul du Pérou à Marseille, Michel Dossetto. Parmi le foisonnement littéraire de cette « terre d’écrivains » qu’est le Chili, le choix se portait sur l’emblématique Pablo Neruda. En liminaire à la lecture d’un florilège de textes du poète, Richard Martin appelait les mots d’Aragon, Pour Pablo Neruda : « Je vais dire la légende/ De celui qui s’est enfui/ Et fait les oiseaux des Andes / Se taire au cœur de la nuit… ». Puis, l’on arpentait la vie de l’écrivain ami d’Allende par des extraits du texte en prose J’avoue que j’ai vécu (Confieso que he vivido), recueil des souvenirs de Pablo Neruda qui y affirmait, « peut-être n’ai-je pas vécu en mon propre corps : peut-être ai-je vécu la vie des autres »… Le monde affleure dans ces pages, ses paysages, ses villes, les rues de Madrid, ses personnages, les silhouettes des poètes Federico Garcia Lorca, Rafael Alberti… « Les Mémoires du poète ne sont pas ceux du chroniqueur » affirmait Neruda. Mais elles rendent le frémissement de la vie, et les indignations de celui qui parlait des Pierres du ciel (Las Piedras del Chile). « Je veux vivre dans un monde où les êtres soient seulement humains, sans autres titres que celui-ci, sans être obsédés par une règle, un mot, une étiquette. (…) Je veux que l’immense majorité, la seule majorité : tout le monde, puisse parler, lire, écouter, s’épanouir ». La voix du comédien se love avec subtilité dans les phrases du poète, en épouse les infimes variations, s’enfle dans ses emportements, « mais de chaque crime naissent des balles qui trouveront un jour la place de votre cœur… Venez voir le sang dans les rues ! », et sait caresser les instants amoureux, la passion fusionnelle des corps auxquels les mots accordent de sempiternels renouveaux. Au matin « l’amour se consume. Ses flammes sont hautes et occupent tout l’horizon du poème »… Et la poésie « indestructible » n’en finit pas de renaitre au fil des pages de La centaine d’amour et des Vers du capitaine, « née avec l’homme », elle continue « de chanter pour l’homme »… La guitare de Marcel Alchech suit les pas du poète, frisson léger sur lequel se posent les mots, déchaînements virtuoses sur des thèmes de Villa-Lobos… La complicité entre le musicien et l’acteur accorde une puissance charnelle aux textes et transporte le public. Un instant magique de liberté et de beauté dans l’intimité de la salle Léo Ferré.

MARYVONNE COLOMBANI
Février 2019

Le 2 février, Théâtre Toursky, Marseille

Photographie Marcel Alchech Richard Martin © Marie Céline Solérieu


Théâtre Toursky
16 Promenade Léo Ferré
13003 Marseille
04 91 02 58 35
http://www.toursky.fr/