La réalisatrice Alessandra Celesia donne une leçon de cinéma au festival "La Première Fois"

La chanson d’AlessandraVu par Zibeline

• 3 mars 2020⇒8 mars 2020 •
La réalisatrice Alessandra Celesia donne une leçon de cinéma au festival

Dans le cadre de la 11e édition du festival La Première Fois, la réalisatrice Alessandra Celesia, invitée d’honneur, a donné le 4 mars au cinéma La Baleine une master class, animée habilement par Jean Boiron-Lajous. Une vraie leçon de cinéma, ponctuée d’extraits de quelques uns de ses films.

Un parcours de cinéaste

La première partie a permis au public, composé en majorité d’étudiants, de découvrir le parcours de cette cinéaste partie d’Italie du Nord pour des études de théâtre à l’école Lecoq à Paris. C’est par hasard qu’elle se tourne vers le cinéma, un cinéma ancré dans le réel. Tout au long de sa leçon, Alessandra a approfondi ce qu’était pour elle la mise en scène documentaire. Chacun de ses films lui a permis de peaufiner son travail. Avec son 3e film, 89, avenue de Flandre, elle découvre qu’on peut « jouer à faire du cinéma avec ses personnages » pour faire un film ; par exemple, pour des contraintes techniques, filmer un repas de Noel… le 20 décembre. Si l’écriture du projet documentaire est certes indispensable pour trouver la production, c’est au moment du tournage que le film s’écrit vraiment. Dans Le Libraire de Belfast qu’elle a mis 7 ans à produire, elle fait se rencontrer un vieux libraire et un jeune rappeur qui n’ont, à priori, rien en commun. Et c’est autour de cette rencontre que le film se tisse et se construit. Jusqu’où peut-on aller ? Est-ce que le documentaire peut-être vrai ? Qu’est-ce que la vérité ? Autant d’interrogations que de certitudes. Dans Anatomie d’un miracle, elle, qui n’est pas croyante, suit trois femmes paralysées cherchant le miracle auprès de la vierge bleue qui saigne, métaphore de son impossibilité à vivre dans son Italie natale, « qui est dans la merde ». Une manière de voir comment chacun s’en sort de ses blessures. Une manière de s’exprimer. « Chacun doit chanter sa propre chanson

L’aventure d’un film

La deuxième partie de cette leçon de cinéma a été consacrée à Miracle à l’italienne, un film qui a donné lieu à des réactions très vives à sa sortie : il aurait remis en cause la déontologie du documentaire. Jusqu’où peut-on aller avec le réel ? Inspiré par un fait divers de 1985 : en plein marasme économique, une annonce offre aux Turinois l’opportunité d’aller travailler en Alaska. Quelques années plus tard, la cinéaste recrée une annonce à Turin pour voir ce qui va se passer, recherche une entreprise de pêche au saumon, au salon du poisson à Bruxelles et trouve une entreprise qui est d’accord pour embaucher 5 Italiens à Yakutat. En quelques jours, plus de 400 demandes. Or ce qui apparait comme un entretien d’embauche est en fait un casting mené par une comédienne. Après un mois de rencontres avec les personnages choisis -cinématographiquement et non sur leurs capacités de pêcheurs !-, départ en Alaska. Mais à l’arrivée, l’entreprise annonce qu’elle ne fera pas travailler les 5 personnes/personnages embarqués dans cette aventure. On ne filmera pas le travail de la pêche mais l’errance en Alaska et c’est la production qui paiera la/les vacance(s). Le montage a été très compliqué. Voix off qui préciserait la démarche ? Inclusion de scènes de pêche tournées… dans un supermarché de Gênes ? Finalement, un écran noir (le seul dans sa filmographie) et un carton qui explique la situation, comme la tête contre un mur !

C’est très humblement et avec une grande générosité que, durant presque 3 heures, Alessandra Celesia a fait part à un public passionné de ses hésitations, de ses choix, de son malaise aussi parfois. On le savait, la frontière entre le documentaire et la fiction est très ténue. Cette leçon a permis de le vérifier.

ANNIE GAVA
Mars 2020

Photo : Alessandra Celesia © A.G.

http://www.festival-lapremierefois.org/

Cinéma La Baleine
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