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Huit heures ne font pas un jour par la compagnie La Bulle bleue à Montpellier

La Bulle Bleue s’éclate

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Huit heures ne font pas un jour par la compagnie La Bulle bleue à Montpellier - Zibeline

Il y a des artistes qui sont « en marge », presque inconnus du « grand public », mais qui pourtant sont là, parmi nous tous, creusant de leur insistante présence les enjeux d’aujourd’hui. Le cinéaste allemand Rainer Werner Fassbinder est de ceux-là. Il a hanté et réveillé les consciences des années 70. Son regard acéré, ses dialogues coupants et précis où la concession n’avait jamais la parole continuent d’infuser, et inspirent toujours le cinéma, le théâtre, qui y puisent l’énergie nécessaire à comprendre, inventer et supporter notre présent. Bruno Geslin (Cie La Grande Mêlée) a mis les comédiens de la Cie La Bulle bleue (Montpellier) en immersion dans l’univers de l’auteur allemand. « Prenez garde à Fassbinder » les a porté pendant les trois ans de sa résidence. Evelyne Didi a été associée au projet. Huit heures ne font pas un jour (titre repris du feuilleton en cinq épisodes de Fassbinder) est le fruit de cette plongée dans l’univers de l’auteur disparu en 1982. Montage de textes, superposition de situations, le voyage fut largement convainquant. C’est en effet un véritable parcours que la metteure en scène a conçu, entre extérieur et intérieur, dans les beaux espaces du Théâtre des 13 Vents. Nous voilà partis derrière un étrange majordome. On s’arrête près de deux clochards, l’un trouve un pistolet qu’il garde, on comprend que s’il s’en sert se sera contre lui. Plus loin, ça tapine, d’autres dansent, désespérés, sur de la variété allemande. « Je peux utiliser la salle de bain ? Pourquoi ? Parce que je veux me tuer. » Les temps de pause entre les répliques sont long et denses. Or, plutôt que de générer une distance, ce décalage produit du vrai. Une étrangeté réelle. Sur scène, dans un décor de centre de rétention, l’un des personnages clame : « Bienvenue dans le monde réel ! ». Lumières blafardes, corps qui s’attirent, obscénité latente, pouvoir dérisoire du gardien, spleen omniprésent. Plus tard, dans une brasserie : désir, vertiges de solitudes.

Les dix interprètes de La Bulle Bleue sont des concentrés de sentiments, de sensations. Une compagnie constituée de comédiens professionnels en situation de handicap. Saisissante transmission d’expériences.

ANNA ZISMAN
Janvier 2019

Huit heures ne font pas un jour a été joué les 14 & 15 janvier au Théâtre des 13 Vents, Montpellier

Photo : Huit heures ne font pas un jour © Clément Bertani